Quantcast
Mardi 21 mai 2013 2 21 /05 /Mai /2013 12:02
Tout cela à cause d'une stupide panne de moteur. Quelques ratés, une chute vertigineuse vers la mer, le bleu des vagues qui se rapprochent à tout allure, le splash dans l'écume. Et enfin, le siège éjectable qui finalement fonctionne, la lente nage vers l'île au loin, et pour finir la solitude. Il est à l'écart de toutes les routes maritimes connues. Aucun moyen de se situer.
Par chance, le climat est tempéré, mieux même, tropical. Il ne va pas mourrir de faim,  fruits et petits coquillages sont présents en abondance sur l'île. Enfin une île, un confetti plutôt. Un confetti au milieu de l'océan.   Il peut en faire le tour en deux heures et des poussières. Du moins du temps où sa montre fonctionnait encore, il s'est chronométré. Maintenant plus de piles. 
Le pire, c'est l'inactivité. Les premiers jours, il a allumé un feu, il était enchanté de regarder sur la plage les flammes bleutées qui dansaient en s'élançant vers la lune. Ensuite il a réfléchit, sur cette petite île , il ne pourrait faire, au mieux, que deux mois de feux quotidiens. Fallait-il brûler tout ce bois dans un hypothétique espoir de sauveteurs, où fallait-il épargner les arbres fruitiers qui le nourrissaient ?  Alors il a choisi : plutôt vivre seul que mourrir de faim. L'océan le nourrit lui aussi : des poissons moches comme des mérous, avec un rictus démoniaque. Il donnerait tout ce qu'il a pour que le régime varie un peu. Le mérou lui sort par les yeux. Une bonne morue à l'ail, du pain de mie au  blé complet grillé voilà ce qui le fait rêver maintenant. Mais dans ces eaux chaudes et limpides, pas de morues. 
Avec les moyens du bord, il s'est constuit une cabane, une yourte lui auraient dit, goguenards, ses amis bobos parisiens. Dans la moiteur de la nuit, il regrette son ancienne vie, ses faux  problèmes, il se rappelle les poèmes de son enfance. Car maintenant que sa liseuse est tombée en panne de batterie, il ne lui reste que cela : "La terre est bleue comme une orange". 
Il jette un coup d'oeil à son meilleur ami, son téléphone portable. C'est devenu son seul confident car dans le miroir de son écran, il se voit encore et ne se reconnait plus : velu et pas rasé. Maintenant plus de batterie...... 
..
Texte écrit dans le cadre de cet atelier (cours d'écriture créative à distance) que m'a fait connaître Cécile d'Ecrimagine
..
Son texte sur la même consigne "bleu et tourisme" est ici
..
Et vous? Que vous évoquent bleu et tourisme  ? 
Par Valentyne - Publié dans : Ecriture créative ?
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires
Lundi 20 mai 2013 1 20 /05 /Mai /2013 05:11

ANIMAL-DU-COEUR.jpg Ce livre est absolument magnifique. Je ne rappelle  pas ici la quatrième de  couv qui en dit trop à mon goût. L'action se passe sous le régime de  Ceausescu, en Roumanie. La narratrice , une jeune femme, étudiante, habite un foyer de jeunes filles avec cinq autres étudiantes. Elle nous parle de Lola, une jeune fille pauvre, étudiante elle aussi. Lola est retrouvée un jour pendue avec la ceinture de la narratrice (dont on ne connait pas le nom). Pour avoir lu sur Wikipédia, la biographie de Herta Müller, j'aurais tendance à dire que cette jeune fille c'est elle même et que ce récit est fortement autobiographique. Herta Müller nous raconte sa vie dans le foyer après la mort de Lola. La narratrice et trois amis de Lola sont régulièrement interrogés par la police. Avec une écriture fluide et percutante , toute en sous-entendus, Herta Müller , nous dévoile sa peur de la dictature, de la mort, le douteux et douloureux passé de son père, ancien soldat SS, de la peur de la vieilles à travers les yeux de sa grand mère qui perd la mémoire. 

La narratrice écrit à ses amis, avec plein de codes pour détourner l'attention de la police : Ils ont défini entre eux des mots clefs, des ponctuations pour dire la réalité dans des lettres qu'ils savent lues par la police, espérant échapper ainsi à la censure. De mémoire, car j'ai lu ce livre il y a deux mois, sans rédiger de billet tout de suite, "chaussures" signifie "interrogatoire", et la narratrice sursaute chaque fois que ce mot est employé dans son sens réel par des personnes de son entourage.
.
Ce roman à la fois très poétique et très réaliste, décrit la vie sous une dictature, l'inquiétude des habitants, la lutte quotidienne pour la survie, l'impossibilité de l'amitié. 
.
Pour finir deux extraits, le premier est un extrait de lettre de la narratrice à deux de ses amis, persécutés eux aussi par la police : 
.
Cher Edgar,
Cher Georg, 
La virgule était censée se taire quand le capitaine ouvrirait les lettres, pour qu'il les recolle et les envoie. Mais elle était censée crier quand Edgar et Georg les décachetteraient.. 
Une virgule qui parle et qui crie, ça n'existe pas. La virgule en question était devenue bien trop grosse. P102 
.
Petit à petit, la jeune femme met des mots sur ce qu'elle vit, l'oppression de chaque instant, le harcèlement dont elle est victime, tout cela parce que son amie s'est pendue.
.      
J'ai raconté à Tereza ce qu'est un interrogatoire. J'ai commencé sans raison, comme en parlant toute seule. Tereza s'agrippait à sa fine chaîne en or, de deux doigts. Elle ne bougeait pas pour ne pas troubler ces sombres précisions.
1 veste, 1 chemisier, 1 pantalon, 1 collant, 1 culotte,  1 paire de chaussure,  1 paire de boucle d'oreille,  1 montre bracelet. J'étais toute nue,ai-je dit.
 1 carnet d'adresse,  1 fleur de tilleul séchée,  1 trèfle séché,  1 stylo bille,  1 mouchoir, 1 mascara,  1 rouge à lèvre,  1 poudre,  1 peigne, 4 clefs, 2 timbres, 5 tickets de tramway.  
1 sac à main.
Tout était noté dans les rubriques d'une feuille. Moi le capitaine Piele ne m'a pas notée. Il va me mettre en prison. On ne pourra lire sur aucune liste qu'à mon arrivée j'avais  1 front, 2 yeux, 2 oreilles, 1 nez, 2 lèvres, 1 cou. Je le tiens d'Edgar, de Kurt et de Georg : au sous sol, il y a des geôles. 

 

Une participation au challenge à tous prix de Laure puisque Herta Müller a eu le prix Nobel de littérature en 2009

logo-challenge-c3a0-tous-prix (1)

 

Mon tour du monde pour la Roumanie (Herta MÜLLER habite maintenant en Allemagne)

tour monde 8 ANS


Par Valentyne - Publié dans : Challenge - Communauté : La littérature au féminin
Ecrire un commentaire - Voir les 6 commentaires
Dimanche 19 mai 2013 7 19 /05 /Mai /2013 08:17
Quand j'étais petite, chaque neige était une fête. 
Quand  la neige tombait la nuit et que le réveil se faisait sous une blancheur immaculée, c'était une fête. Presque mieux que la venue du Père Noël, ce vieillard aux cheveux couleur d'écume, que l'on n'apercevait jamais quand il venait déposer ses colis magiques. La cour était silencieuse, rien n'est plus silencieux que la neige qui tombe, ces minuscules flocons, brillants comme des étoiles, des flocons légers qui semblent hésiter à se poser, portés par le vent, virevoltants. L'unique arbre de la cour prenait une silhouette toute différente, les branches légèrement plus basses que d'habitude. C'est à la fois léger et lourd la neige.
 Quand la neige tombait le samedi ou le dimanche, c'était une fête : notre clan de copains partaient  en haut de la colline, et nous dévalions la pente sur une luge de fortune, le plan était, une fois en bas, de ne pas remonter la luge, de la laisser au dernier arrivé  et de remonter en courant. Nous essayions d'attraper ces plumes d'oie qui fondaient aussitôt dans les moufles, sur la langue. Recevoir un flocon forcément plus froid et plus gros que le voisin dans le cou déclenchait rires et hurlements , nous criions : " j'en ai eu un dans le col, ça brûle!!!!" le bonhomme de neige permettait d'unir nos efforts, colle compacte, la neige devenait pâte à modeler, souple et solide à la fois.  
 Quand Madame Neige se décidait à voltiger, quand nous étions en classe , c'était une fête. Nous nous regardions, nous les enfants, émerveillés, comptant les minutes qui nous séparaient de la récréation, mais aussi de la bataille de boules de neige, du bonhomme. Parfois l'instituteur, qui nous voyait nous tortiller sur nos bancs, nous faisait sortir cinq minutes plus tôt. Intenables, par ce temps, pas moyen de se concentrer sur nos livres ou nos leçons. Il pouvait bien nous faire des blagues, nous poser des questions sur Henri IV , son panache blanc, sa poule au pot, les mathématiques. Rien ne nous atteignait . La neige étendait son manteau, comme une étole  et nous appelait dans un silence admirable.
Maintenant j'ai grandi et neige est synonyme de ville, de trottoirs verglacés, d'escaliers à déblayer, les premiers jours, de gadoue noirâtre, les suivants, et des inévitables problèmes de trains de banlieue....Heureusement qu'il y a un écolier et une collégienne à la maison pour se souvenir de la magie de la neige....
Texte écrit dans le cadre de cet atelier (cours d'écriture créative à distance) que m'a fait connaître Cécile d'Ecrimagine
Il fallait écrire un texte en partant des mots "école " et "blanc" !
..
Son texte sur la même consigne mais avec les mots  "Bonheur  et Orange"  est    ici 
..
      Consigne couplée à la proposition de Lili galipette que vous pouvez retrouver ici 
Par Valentyne - Publié dans : Ecriture créative ?
Ecrire un commentaire - Voir les 4 commentaires
Vendredi 17 mai 2013 5 17 /05 /Mai /2013 01:29

plumedesmotsunehistoire3

 

Soudain,  la voix caverneuse du gourou, surnommé Pops,  se fit entendre, grinçante comme une alarme mal réglée. Ses ouailles se serraient les unes contre les autres, religieusement, buvant ses paroles comme celles d'un professeur de morale centenaire. Dans l'ombre grise de la nuit,  on devinait juste que l'individu était absolument rond et minuscule, le teint légèrement jaune. Son collège de codétenus le regardait avec admiration : un survivant, un héros sans faiblesses et sans doutes. Le gourou poursuivit :  "Moi Damiel, je vous aie rassemblé pour que nous unissions nos efforts et organisions notre évasion. Messieurs et vous aussi mesdames,  il vous faut redoubler d'attention  : le danger se rapproche. Tout à l'heure vous entendrez le son du réveil. Ce sera pour nous le début de la fin. Notre ennemi à tous a l'air angélique : Cheveux ébouriffés, sourire édenté, pyjama rouge coquelicot. Ne vous fiez pas à son image de gentil. Ce petit d'homme est redoutable, sans pitié et sans âme, il nous assassinera tous. De sa voix mielleuse, il nous parlera, caressera nos fragiles pétales avant de nous achever avec sa cuillère à café. Tout est dans l'esquive, il faut se cacher au fond de notre terrier. Son but est de nous capturer, de nous noyer et de nous MANGER ". A la fin de la tirade de Damiel, une vague d'effroi parcourut les petis visages ronds et jaunes. C'est alors que tout s'accéléra : ils n'eurent pas le temps de reprendre leur souffle que déjà leur paquet était ouvert, ils étaient versés en vrac dans un bol, ébouillantés sous un litre de lait. Damiel Pops eut juste le temps de murmurer : "Mourrir ainsi, broyé sous les dents d'un "Céréales killer", la vie n'est pas juste"   

 

Les mots collectés par Olivia

capturer - image - son - évasion - alarme - danger - rouge - coquelicot - mesdames - messieurs - homme - faiblesse - âme - gris(e) - ombre - doute - métaphysique - collège - professeur

.article non sponsorisé par Kellogs :-)
La consigne des Impomptus 

Un jour on m’expliqua qu’un meurtre avait été commis à cet endroit ... J’éclatais de rire... ! ...
Quel endroit : une bibliothèque, un salon de thé ? ...
Comment : égorgé, pendu, assassiné ? ...

Vous voilà invités à monter votre scénario autour de ces questions en finissant votre texte par un éclat de rire !

Par Valentyne - Publié dans : Désirs d'histoires
Ecrire un commentaire - Voir les 14 commentaires
Jeudi 16 mai 2013 4 16 /05 /Mai /2013 00:00

 

 

Zingaro, autrement dit bohémien, était un gros bébé poilu de deux ans, pataud et bancal, lorsque Bartabas l'acheta en 1984, à Alex Wilms, un marchand bruxellois. Sans doute pensait- il à cette rencontre cardinale lorsqu'il griffonna, quinze ans plus tard, ce poème amoureux sur un bout de papier : " Après s'être longtemps observés à distance / ils se retrouvèrent un matin face à face / ce fut le cheval qui fit le premier pas". Bartabas le paterna, l'éleva, le dressa, le balada, le muscla, plus jamais ne le quitta. Il grandit sous les vicinales, nez et crinière jais au vent, suivit sans changer d'allure la roulotte du cirque Aligre de pays en pays et son maître, de spectacle en spectacle.  Mieux qu'un animal, un partenaire d'une fidélité absolue, un allié substantiel, et un symbole assez fort pour que son "hypponyme", gravé au fronton du théâtre équestre, devienne le nom de la compagnie. D'un cheval noir et luisant, on dit qu'il est moreau. Zingaro était aussi moral.  

  Jérôme Garcin - Bartabas, Roman   

 

Sur une idée de Chiffonnette

 

  

  JEUDI CITATION

 

 

 

Par valentyne - Publié dans : Jeudi Citation
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires

Présentation

Derniers Commentaires

Recherche

Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés