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23 février 2013 6 23 /02 /février /2013 03:47

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Les mots collectés par Asphodèle   (allez voir chez elle les autres participants )

 

Dehors, le vent commençait à devenir plus intense. Il lui fallait sortir avant qu'il ne soit obligé de rester cloîtré chez lui. Ses protégées avaient besoin de lui dans la grange. Hubert  enfila donc ses bottes, mit un coupe-vent et sortit dans la bourrasque.

Aux alentours, tout était désert, pas un voisin à moins de 5 kilomètres de cette ferme isolée : il était sûr ainsi de ne pas être espionné.

Quatre ans maintenant qu'il habitait ici avec ses « invitées ». Ah comme il les chérissait ces petites !!

La première avait à peine deux ans quand il l'avait enlevée. Pas besoin de se repasser le film, il y avait eu une tempête semblable et cela l'avait aidé à commettre son forfait. Il avait repéré les lieux pendant des semaines, épiant le quotidien de cette famille bien sous tous rapports : la mère institutrice, le père menuisier, les deux enfants, le chien. Mais c'est sur Rose qu'il avait flashé tout de suite la voyant installée mi- soleil mi-ombre dans le jardin. Deux ans, la silhouette déjà élancée ayant perdu ses rondeurs de l'enfance, elle  se balançait doucement dans le vent. Rose c'était le nom qu'il lui avait trouvé. Il ne connaissait pas son vrai prénom mais cela devait être tout à fait banal : Jennifer ou Kelly peu importe : Rose lui allait si bien.

Il avait été subjugué aussitôt et, pris de vertige, une obsession avait germé dans son esprit : il lui fallait Rose. Peu importe que celle-ci ait déjà une famille, elle ne pouvait être heureuse dans cet environnement si sordide : il lui fallait une attention de tous les instants, quelqu'un qui l'admirerait, la ferait grandir grâce à des soins quotidiens. 

Il lui avait fallu trois semaines pour organiser l'enlèvement : Un soir, alors que les parents étaient sortis, il s'était introduit dans le jardin. Il avait fait vite et le rapt s'était déroulé sans aucun bruit . Il avait pensé au chloroforme et sa petite victime n'avait donc pas protesté : aussitôt après, il avait pris le large et était retourné dans son ermitage à 200 kilomètres de là : La petite n'avait pas protesté, ne s'était pas débattue : elle était restée impassible, recroquevillée sur la banquette arrière de son pick up. Il lui avait parlé pour la rassurer à son réveil.

Dans les jours qui avait suivi il l'avait installé dans la grange : il avait bien cru qu'il allait la perdre : elle se laissait dépérir, ne mangeait plus, ne buvait plus, n'ouvrait plus la bouche. Sa tête penchait base, comme résignée, la mâchoire tombante. 

Finalement il avait compris que sa protégée ne supportait pas la solitude et il s'était remis en chasse. Il fallait qu'il fasse attention : répéter son crime si tôt après sa première  tentative était risqué. Il avait donc pris encore plus de précautions que la première fois. La famille dans laquelle il avait repéré Tonia était une famille nombreuse : 7 enfants dont 6 filles, la mère était débordée de toute façon et ne remarquerait rien. . 
Tonia avait un caractère beaucoup plus affirmé que Rose, elle s’était un peu débattue, essayant de le mordre au passage ; cependant le sac de jute dont il s’était muni l’avait vite mise à sa merci, puis il l'avait installé dans la grange à côté de Rose qui tendait le cou vers sa nouvelle compagne, curieuse de voir sa nouvelle voisine. Et  Rose avait retrouvé sa joie de vivre.

Hubert avait alors connu une période de bonheur à l’état pur : Rose et Tonia, les délicieuses, étaient la famille qu’il n’avait jamais eue : il les choyait comme ces propres filles. Dans cette relation fusionnelle, il  les cajolait, les dorlotait, leur préparait de petits plats, les nourrissant à la becquée comme des oisillons tombés du nid, des petits morceaux de viande, des fruits pile à la dimension de leur petites bouches rouges et charnues. De vrais gouffres à nourritures, ces petites mais elles lui étaient reconnaissantes, elles le serraient dans leurs bras à chaque fois qu'il venait les voir, essayant de le retenir dans des jeux à n'en plus finir. Chaque fois qu'il s'absentait,  il leur ramenait un jeu, une babiole, un livre qu'il leur lisait chaque soir et où elles l'écoutaient religieusement ; il leur avait lu ainsi Gros câlin, un roman d'un auteur français qu'il aimait beaucoup Romain Gary, le petit Prince de Saint Exupéry pour Rose et surtout Lolita de Nabokov. Comme il se reconnaissait dans le personnage principal, Humbert Humbert, presque son nom à lui, Hubert. Que de lectures (rien d’érotique bien sûr), il avait pu partager avec elles !

Jamais il n’élevait la voix et ne voulait intimider Rose et Tonia : il n’était que douceur et attention, se félicitant chaque jour de les avoir enlevé à des gens, qu’il s’imaginait maltraitants.

Deux ans de félicité s’étaient ainsi écoulés, lui et les petites, vivant en autarcie. Dans la grange, il leur avait installé un puits de lumière invisible depuis l‘entrée de la ferme.

Maintenant ses filles pouvaient profiter des rayons du soleil matinal : Car il les appelait ses filles à présent et ne pouvait envisager de vivre sans leurs mouvements ondoyants, et leur odeur si délicate.

Pourquoi n'était-il pas resté ainsi avec Rose et Tonia, tranquilles et à l'écart du monde?  Lors du troisième printemps suivant l'arrivée de Rose dans son foyer, ses anciens démons l’avaient repris : il s’en voulait : pourquoi ne pas profiter de son bonheur actuel avec les petites et pourquoi vouloir agrandir sa petite famille ? C’était attirer inutilement l’attention sur lui. Et surtout il ne pouvait pas prévoir ce qui allait se passer et qui allait détruire à petit feu sa cellule familiale.

Mais c’était plus fort que lui, ses tripes lui réclamaient une nouvelle compagne pour les petites : c’est alors qu’il LA vit, sur la banquette arrière d'une voiture dans laquelle une  grosse dame chargeait ses courses : elle était sagement assise impassible, ne regardant pas la dame, ignorant le monde entier, fière et hautaine.  

Hubert  adressa la parole à la femme ce qu'il ne faisait jamais avec des inconnus : charmante petite ! C'est à ce moment qu'il aurait dû se méfier car la réponse de la femme, aigre et amère, aurait dû l'alerter. « Charmante, vous plaisantez : une vraie peste : je la ramène à mon ex-mari ! C’est sa « poupée ».Mon ex est le dirigeant de la société Genetical Research. Ils sont mondialement connus. » Hubert n'écoutait plus. Il restait les yeux rivés sur celle, qu'il appelait déjà Sarah. Il abrégea alors la conversation avec cette femme obèse : elle et son ex-mari ne la méritait pas. Il fallait soustraire Sarah à ce couple de tortionnaires. Il la suivit donc chez son ex-mari, les vit faire descendre Sarah et l'installer sous la terrasse. Le soir même, Sarah rejoignait Rose et Tonia qui lui firent un accueil chaleureux, la caressant tendrement. Mais Sarah n'avait pas réussi à s'intégrer  : elle  essayait toujours de le mordre quand il venait les nourrir et les soigner.

Surtout, il le sentait, Sarah montait les deux autres contre lui, il ne savait pas ce qu'elles se racontaient  la nuit dans la grange mais elles devaient organiser des plans pour l'éliminer, il en était sûr. Elle devait être atteinte d’une quelconque folie, cette Sarah : il allait falloir qu'il lui règle son compte discrètement car il ne voulait pas faire de peine à Rose et Tonia. 

C'était toute leur attitude qui lui soufflait cela : Rose se détournait quand il entrait dans la pièce, Tonia ne dansait plus de joie quand il apparaissait. Voyant ses difficultés, Hubert fit des recherches sur le couple chez qui vivait Sarah avant son enlèvement et là il avait compris quels monstres c’étaient, surtout l'homme. L'entreprise en question étudiait des évolutions génétiques : il avait dû procéder à des expériences horribles sur cette petite, pour la dénaturer ainsi.

Peut-être avait elle-même été génétiquement modifiée, avant sa naissance même : c’est la seule explication  qu'Hubert voyait pour expliquer l'affreux caractère de Sarah : cette agressivité démente qu'elle avait à son encontre, sans reconnaissance.

Hubert ouvrit précautionneusement la porte de la grange, qu'il barricadait à chaque sortie avec plusieurs cadenas.

Il voyait nettement Rose et Tonia : elles ne dormaient pas, normal avec la tempête et s'agitaient inquiètes, balançant leur tête à droite et à gauche. Par contre, pas de trace de Sarah, où était-elle, il l'avait pourtant bien attachée la dernière fois, ce matin même ?

Il recula, se mit dos au mur de la grange et fit le tour avec précaution essayant de repérer Sarah.

L'attaque fulgurante vint de la droite. Sarah, telle une liane, s'enroula autour de lui le déséquilibrant : elle l'étouffait, il la sentait sa tête proche de la sienne, sa bouche cherchant à le mordre, et Rose et Tonia qui regardaient la scène de loin sans intervenir. Ne voyaient elle pas que Sarah avait perdu tout contrôle et que dans un moment d’égarement elle essayait de le tuer, lui leur protecteur à toutes les trois ?

La bataille fit rage quelques courts instants, un vrai calvaire. Sarah était plus forte effectivement et il sentit peu à peu ses forces l'abandonner.

Sa passion l'avait perdu : c'est ce que penseraient les gens en le découvrant dans quelques jours, étouffé et à moitié mangé par des plantes carnivores : Une Darlingtonia  ou plante cobra, une Drosera et enfin une Sarracenia Leucophilla, visiblement génétiquement modifiée vues ses dimensions imposantes.

 

 

Les mots collectés par Asphodèle

 

obsession – fruit – calvaire – égarement – film – érotique – feu – intense – gouffre – fusionnel – folie – rouge – vertige – fulgurance – danser – délicieux – dément (dans le sens de fou, aliéné).

 

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Published by Valentyne - dans Désirs d'histoires
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commentaires

Coralie 25/02/2013 16:00

Je me suis fait mener par le bout du nez ^^

Valentyne 25/02/2013 21:25



L'odeur suave de ces plantes ne t'a pas gênée alors ;-)



ceriat 24/02/2013 22:44

Ça fait froid dans le dos. ;-) Je n'achèterais pas de plantes carnivores, trop dangereux. :lol: j'adooore ! :D

Valentyne 25/02/2013 21:21



Oui mais elles sont transgéniques quand même (enfin une c'est  sûr ;-))


Bonne soirée Cériat



Oncle Dan 24/02/2013 19:29

Faire la lecture à des plantes carnivores ne me serait pas venu à l'esprit :-))

Valentyne 25/02/2013 21:21



et enlever des plantes carnivores, aurais tu eu l'idée ? ;-)



Lilou 24/02/2013 12:12

Je pensais à quelques brebis ou chèvres mais un instant aux plantes carnivores. Ton texte est exceptionnel et surréaliste.. On se laisse prendre.
avec le sourire

Valentyne 25/02/2013 21:19



Une bonne idée les brebis et les chèvres ;-)


Meric Lilou pour tous tes sourires ;-)



Merquin 23/02/2013 23:27

ah ha quelle chute ! Je pensais à un pervers à l'américaine qui enlève des gosses. Pas assez d'indices explicites et c'est tant mieux pour ce superbe effet !

Valentyne 24/02/2013 11:24



OUi un personnage plus que perturbé ;-) mais inoffensif (à part pour lui)



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