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25 novembre 2012 7 25 /11 /novembre /2012 16:00

fenetre.jpgLa mélodie existe, mais elle est dispersée, éparpillée un peu partout comme de la poussière d’étoiles, comme le souffle du vent qui, soudain, tourne les pages d’un livre. Elle est jouée avec indolence, nonchalance, si bien que, d’une fragilité cristalline, elle semble inconstante, irréelle telles des lettres tracées sur le sable. Mais le son est clair pourtant. Jean, devant la fenêtre hésite à entrer. Par l’aération, qui tourne en sifflotant, l’odeur du café vient lui chatouiller les narines et lui chanter un doux refrain, celui du moulin à café qui écrase les grains grillés, et de la vapeur de la cafetière qui ébouillante les grains moulus. La voix de Camille lui parvient aussi et c’est cette voix qui lui fait dire que la mélodie existe. Cette voix si chantante, qui le transporte, il l’entend, la hume, la soupèse. Il imagine les sourcils froncés de Camille en train d’argumenter, une frange trop longue sur son front blanc. Camille discute avec ses parents, la voix se fait persuasion, enjôleuse, convaincante. Les phrases s’enchaînent, virevoltent, légères comme des papillons. Il entend quelques mots qui se répondent, tels un écho « prudence, vacances ». Un silence s’installe en face des arguments de Camille. Cela l’inquiète : le silence avant l’orage, le calme avant la tempête. Il ne voit pas ce qui se passe mais s’imagine le refus silencieux des parents : un simple geste de la gauche vers la droite pour un non qui semble définitif. Camille se tait maintenant à bout d’arguments et de supplications. Puis d’un coup, le ton monte. La mélodie de tout à l’heure devient un ruisseau de montagne, qui gonfle à la fonte des neiges, glacé d’écumes marronnasses et de troncs d’arbres qui s’entrechoquent. Les parents ne sont pas d’accord pour que les jeunes gens partent une semaine entière : trop jeunes, trop fragiles, trop inexpérimentés. La voix de la raison fracasse leurs espoirs comme la vague sur le rocher qui éclate en mille morceaux coupants. D’abord, la voix bourrue du père, qui racle comme du gravier, lourde d’incompréhensions : « En camping, tu n’y pense pas Camille. Et pourquoi aller voir la mer : Tu n’es pas bien ici, le lac du Mont Cenis ne te suffit plus ? . » Puis, la voix de la mère renchérit au diapason de celle de son mari, mais plus faible, presque geignarde : « Et puis, Jean, cela ne fait pas longtemps qu’il a le permis : tu as vu comme moi qu’il n’est pas très sur de lui »
La mélodie existe, et repart pourtant, infatigable, un octave plus haut : « On téléphonera tous les jours, on sera prudents », et puis soudain Jean sent un revirement, une idée dans la tête de Camille, comme un chant d’oiseau au printemps. L’argument massue de Camille part comme une fusée « Et puis, ce n’est pas vous qui nous avez raconté votre expédition à Annecy en 1970, vous aviez notre âge! »
Un ange passe selon l’expression de la grand mère de Jean et dans ce silence léger, pas celui réprobateur de tout à l’heure, mais un silence guilleret, apaisé, comme une légère brise, Jean comprend que c’est gagné: Une dernière fois, la voix bourrue ronchonne mais rend les armes et dans un roulement de gravier prononce « Rentre Jean, on sait que t’es là viens prendre  un café et discuter de votre folie d’escapade »

 

 

Les autres participants sont chez Gwenaelle  et voici la consigne : 

 

Nous voici réunis pour une nouvelle séance d’écriture. Cette fois, je vous propose de travailler d’après une photo et un incipit. Serez-vous inspirés?

L’incipit est le suivant. Il est extrait du roman « Perdido », de Velibor Colic.

La mélodie existe, mais elle est dispersée, éparpillée un peu partout comme de la poussière d’étoiles, comme le souffle du vent qui, soudain, tourne les pages d’un livre. Elle est jouée avec indolence, nonchalance, si bien que, d’une fragilité cristalline, elle semble inconstante, irréelle telles des lettres tracées sur le sable. Mais le son est clair pourtant.

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Published by Valentyne - dans Atelier Skriban
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Olivia 25/11/2012 16:09

Deux fois le même verbe, bah bravo livvy !

Valentyne 28/11/2012 08:28



ce n'est pas grave ;-) bonne journée ;-)



Olivia 25/11/2012 16:09

J'ai trouvé l'idée bien trouvée et j'ai apprécié ma lecture.
Tu sais varier les genres. :)

Valentyne 28/11/2012 08:28



merci Olivia ;-) d 'habitude je fais plus visuel ;-) mais l'incipit se prêtait au "sonore " je trouve ;-)





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