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23 avril 2013 2 23 /04 /avril /2013 05:11

leschosesperec-copie-1.jpgEcrit en 1962, ce livre retrace quelques années du parcours d’un jeune couple, Sylvie et Jérôme. Ce jeune couple vit à Paris, ils ont  arrêté leurs études pour travailler. On suit ce couple avec une certaine distance, voulue à mon avis par l’auteur.  On ne les entend pas parler ; Pérec raconte leurs faits et gestes et surtout leurs désirs d’accumuler : accumuler des choses, des disques, des livres, des vêtements. Ils rêvent leur vie, plus qu’ils ne la vivent. Toujours dans ce regret de ne pas avoir plus d’argent, dans un métier qui ne les passionne pas mais où il est facile de trouver du travail. Ils sont « psychosociologues» : en fait enquêteurs pour les premières agences de sondages qui commencent à fleurir dans ce début des années soixante. 

 

L’écriture, assez caractéristique de Perec, faite d’énumérations, d’inventaires, se lit ici facilement. Pour ma part, je suis restée assez spectatrice de ce couple qui s’agite, s’imagine que l’herbe est plus verte ailleurs, va voir ailleurs (en l’occurrence en Tunisie). A Paris ils rêvaient de grands espaces et d’exotisme, et une fois partis ils ne souhaitent plus que revenir à Paris. Eternels insatisfaits, ils voient peu à peu leurs amis construire leur vie, et renoncer à une certaine forme d’idéal : travailler peu,  avoir peu de contraintes, vouloir accumuler beaucoup.
De station en station, antiquaires, libraires, marchands de disques, cartes des restaurants, agences de voyages, chemisiers, tailleurs, fromagers, chausseurs, confiseurs, charcuteries de luxe, papetiers, leurs itinéraires composaient leur véritables univers : là reposaient leurs ambitions, leurs espoirs. Là était la vraie vie, la vie qu’ils voulaient mener : c’étaient pour ces saumons, pour ces tapis, pour ces cristaux, que, vingt-cinq ans plus tôt, une employée et une coiffeuse les avaient mis au monde. 
Lorsque, le lendemain, la vie, de nouveau, les broyait, lorsque se remettait en marche la grande machine publicitaire dont ils étaient les pions minuscules, il leur semblait qu’ils n’avaient pas tout à fait oublié les merveilles estompées, les secrets dévoilés de leur fervente quête nocturne. Ils s’asseyaient en face de ces gens qui croient aux marques, aux slogans, aux images qui leur sont proposés, et qui mangent de la graisse de bœuf équarri en trouvant délicieux le parfum végétal et l’odeur de noisette (mais eux-mêmes, sans trop savoir pourquoi, avec le sentiment curieux, presque inquiétant, que quelque chose leur échappait, ne trouvaient ils pas belles certaines affiches, formidables certains slogans, géniaux certains films-annonces ?). Ils s’asseyaient et ils mettaient en marche leurs magnétophones, ils disaient hm hm avec  le ton qu’il fallait, ils truquaient leur interviews, ils bâclaient leurs analyses, ils rêvaient, confusément, d’autre chose. (p85)
.
En postface, une interview de Pérec resitue ce livre dans l’époque (fin de la guerre d’Algérie, gaullisme) et citent les écrivains qui l’ont influencé : Nizan, Barthes, Flaubert, Antelme. 
Sur les quelques avis que j’ai vus sur internet, il semble que ce livre soit toujours d’actualité (j’ai pensé à la chanson de Souchon "avoir pleins de choses dans les armoires" … ) sauf qu’un élément a , je trouve, complètement changé l’époque : le chômage.  Jérôme et Sylvie, une fois la vingtaine passée, rentrent dans le rang, acceptent un bon poste en province. Le Jérôme et la Sylvie d’aujourd’hui, s’ils ont de grands désirs d’accumuler le dernier Ipad, le dernier … ont du mal à trouver leur premier boulot et passent plusieurs années en stages  ou en CDD avant de décrocher un vrai boulot.

 

 

  

Livre qui fait partie  du Challenge Romans cultes de Métaphore

 tour-quebec-septembre-frissons-octobre-plein--L-J BS1L

 

et une participation au challenge à tous prix de Laure puisque ce livre a eu le prix Renaudot en 1965

logo-challenge-c3a0-tous-prix (1)

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Published by Valentyne - dans Challenge
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commentaires

zazimuth 27/04/2013 18:23

Je l'ai lu il y a pas mal d'années mais pour moi Perec est intimement associé au plaisir de lire "La vie Mode d'emploi" avec ses options de lectures transversales et thématiques géniales et pas si
éloignées de l'esprit de l'intertextualité des blogs et puis aussi "Penser, classer"...

Valentyne 28/04/2013 11:45



C'est vrai que dans "la vie mode d'emploi" l'intertextualité a une très belle place (et je n'ai pas dû tout voir ;-)


Bon dimanche Zazimuth (j'ai bien reçu ton mail et transmis ;-))



Mind The Gap 24/04/2013 10:37

Si je ne me trompe pas c'est l'écrivain qui s'imposait des contraintes de folie comme écrire un roman sans mots contenant la lettre E...du coup ça réduit les possibilités de création, on privilégie
la forme sur le fond et cela reste un exercice d'écriture.
Mais bon il faudrait que je le lise avant de pouvoir donner un avis...

Valentyne 24/04/2013 20:32



oui c'est tout à fait lui ;-)


Pour le roman sans E il s'agit de "la disparition" (que j'ai essayé de lire sans y parvenir mais peut être dû au format , je l'ai trouvé sur le net et je n'aime pas trop lire sur écran....) 


Un jour , je le lirai mais ...en poche ;-)



DENIS 23/04/2013 20:50

j'aime beaucoup Perec et la vie mode d'emploi m'a vraiment marqué

Valentyne 24/04/2013 20:30



j'avais bien aimé aussi la "vie mode d'emploi" (plus que "les choses")


C'est l'auteur qui m'a donné envie de lire Italo Calvino que j'adore ;-)


Bonne soirée Denis



lilousoleil 22/04/2013 21:33

il y a longtemps que j'ai envie de lire du Perec mais je ne l'ai jamais fait ; tant d'avis mitigé. Pourtant c'est une époque que j'ai connue ; ces années soixante mais les médias n'avaient pas
encore la puissance d'aujourd'hui. Tu as raison c'est une époque où le chômage n'existait pas, le pays se reconstruisait et on sortait de la guerre d'Algérie qui avait fini de briser toutes nos
forces.
Je mettrai Perec à l'ordre du jour prochainement.Le Renaudot de mes quinze ans !
avec le sourire

Valentyne 24/04/2013 20:29



je viendrais lire ton avis bientôt alors ;-) Bonne soirée Lilou ;-)


 



laure 22/04/2013 21:28

Ouais. Il ne me dit pas trop ce livre... Après c'est pas un souci vu tout ce que j'ai à lire. En plus j'ai eu un coup de mou alors je suis à la bourre...
Bonne soirée bises Valentyne :D

Valentyne 24/04/2013 20:25



Je l'ai trouvé intéressant au niveau de l'écriture moins au niveau de l'histoire : l'écriture est très "clinique", descriptive... J'ai eu l'impression que les deux principaux protagonistes
étaient plus des machines que des êtres humains ;-) mais  je pense que c'est voulu par l'auteur ;-)



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