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31 mars 2013 7 31 /03 /mars /2013 01:22

Lecture commune avec Eeguab sur le titre "le Miracle de San Gennaro" de Sandor Marai

miracle-san-gennaro.jpg

 

 
Dans l'Italie d'après-guerre (1948), la vie s'écoule à Naples, plus particulièrement dans le quartier de Pausilippe. Les gens sont très pauvres mais plutôt joyeux. Ils prennent la vie comme elle vient, restent solidaires, reçoivent avec bonhommie et chaleur  le neveu émigré aux Etats Unis, qui revient voir la famille. Ils discutent aux terrasses des cafés, se promènent dans les rues, prient (un peu) dans les églises. Ce livre présente ce quartier pittoresque de Naples, où les gens manquent cruellement d'argent , de nourriture et sont nombreux à être au chômage.  
Dans la première partie, tout le monde parle de deux personnages, un homme et une femme, qui viennent de derrière le rideau de fer. Chacun imagine leurs motivations, leurs vies. Mais ils ne parlent pas que d'eux mais aussi des étrangers en général. Certains passages sont très drôles, tout en subtilité, comme celui ci sur les anglais. 
 "Avez vous remarqué, amiral, que ceux qui, dans notre région, ont une réputation de prophète, gardent le silence ? Je crois que loin d'être prophètes, ce sont tout simplement des anglais un peu fous, les fous sont d'ailleurs nombreux en Angleterre. L'un de mes oncles a fait ses études à Oxford, à une époque où les paysans siciliens travaillaient encore.... Les propriétaires terriens pouvaient alors se permettre d'étudier, contrairement à ce qui se passe aujourd'hui où les paysans refusent de travailler et revendiquent les terres des seigneurs. Bref, mon oncle rapporte que dans certaines maisons de la campagne anglaise, on voit souvent, au premier étage, des messieurs d'un certain âge qui passent leur journée à découper des étoiles avec des ciseaux à ongles dans une feuille de papier mauve. Leurs logeurs ne s'en inquiètent guère : "C'est un hobby", répètent ils . Le saviez vous ? 
- Oui, je le savais , répondit calmement l'amiral. Un jour, ma flotte s'est arrêtée à Southampton, où je puis vous affirmer que les fous sont tout aussi nombreux.
- Les étrangers qui vivent ici sont des anglais désargentés, insista le baron. Ils sont taciturnes, comme tous ces britanniques un peu loufoques. Il me semble qu'il n'est pas trop difficile d'apprendre à parler anglais. Non, ce qui est vraiment difficile, c'est d'apprendre à se taire en anglais.
- Les Anglais savent très bien se taire en anglais, objecta l'amiral. p71 
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Sandor Marai décrit en quelques phrases et  avec humour  les croyances et coutumes locales, que ce soit la place des églises "Une napolitaine de bonne famille , ayant reçu une éducation digne de ce nom, ne donnait jamais rendez vous à ses amies ou à ses amants ailleurs que dans une église"( p101)  ou de celles des saints : "Les napolitains ne s'adressaient guère aux saints de Rome. Ils n'allaient pas davantage à la capitale pour consulter médecins et avocats. Non, ils voyageaient rarement et quand ils se décidaient, ils choississaient plutôt comme destination Milan, où ils pouvaient espérer trouver quelque travail. Rome avait la réputation d'une ville extrèmement bureaucratisée où tout, y compris l'accès aux saints patrons, était d'une rigidité administrative".P 105
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En fin de première partie, on apprend que l'homme est retrouvé mort en bas d'une falaise (ceci n'est pas raconter l'histoire puisque la quatrième de couv l'annonce elle aussi). Meurtre, accident ou suicide ? Là n'est pas l'essentiel. L'essentiel est plutôt de comprendre , d' analyser le ressenti de ce que vivent les expatriés politiques (et apatrides). On  entendra assez peu parler l'homme, ce que l'on apprend de lui se fait beaucoup par personnes interposées. La femme parlera plus longuement, évoquant leur fuite, leur désir mais aussi leur peur  d'émigrer aux Etats unis ou en Australie.  
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Dans la deuxième partie, le vice-questeur mène l'enquête sur la mort de l'homme et son désir de mourir pour "sauver l'humanité". Un extrait avec ce monologue d'un moine qui a beaucoup parlé avec cet homme mystérieux. Il parle ainsi au vice-questeur : 
- Lorsqu'on écoute les gens venus de derrière le rideau de fer, on peut distinguer deux types de discours. Le premier est accusateur. C'était insupportable, clament-ils. Et lorsqu'on les interroge sur ce qu'ils ne pouvaient plus supporter, ils donnent des réponses tantôt simples, tantôt compliquées. Ils ne pouvaient plus supporter d'avoir été dépossédés de leurs terres, de leurs biens, de leur rôle professionnel. Ou ils ne pouvaient plus supporter les conditions de vie quasi primitives que le régime imposait à ceux qui n'appartenaient pas à la caste des privilégiés. Ou l'état de crainte permanente, l'atmosphère de suspicion générale. La peur , la nuit, chez eux, et le jour, à leur lieu de travail. La méfiance, la délation, l'appréhension qu'ils éprouvaient devant le responsable de l'immeuble. Plus grave, le soupçon entre époux, entre le père et le fils. Insupportables encore le changement, la disparition de leur environnement, la transformation dans leur vie privée et publique, de l'ordre auquel ils étaient habitués. Ils dénonçaient pêle -mêle la monotonie de la propagande officielle, la vacuité des librairies, des cinémas, des théâtres, les slogans que serinaient les postes de radio. L'obligation de croire à toutes ces absurdités, aux mensonges de la propagande officielle. Les défilés, les meetings, l'enthousiasme de commande, les rançons, les impôts, les chantages de toutes sortes, etc. De toutes ces plaintes individuelles, voyez-vous, se dégage une conclusion générale : les réfugiés venus de derrière le rideau de fer et les centaines de millions de personnes qui vivent encore là-bas ont été privés de toute humanité.... en vérité, on leur  a imposé une réalité quotidienne à visage inhumain.
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J'ai beaucoup aimé ce livre, plus la première partie, haute en couleurs que la deuxième très introspective. En grande partie autobiographique, ce roman de Sandor Marai parle du difficile exil et de la difficulté d'être apatride, sans espoir de retour. D'origine hongroise, il a lui même émigré en Amérique en 1952 après un bref séjour en Suisse puis en  Italie. Il se suicidera en 1989 après la mort de sa femme et de son fils. 
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A jeudi prochain pour une citation avec comme sujet les miracles et les chevaux ......

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Published by Valentyne - dans Challenge
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commentaires

DENIS 07/04/2013 17:18

alors ok pour le 15 juin avec "les braises"
tu vas l'annoncer sur ton blog je suppose

Valentyne 09/04/2013 21:24



C'est noté, Denis ;-)


J'essaie de faire un billet demain pour voir si d'autres personnes sont intéressées par cette LC


bonne soirée ;-)



DENIS 06/04/2013 21:59

ah oui "les braises", ce serait sympa mais il faut que je l'achète avant
quelle date proposes-tu?

Valentyne 07/04/2013 16:43



tu as regardé à la bibliothèque si tu le trouvais ? Sinon s'il y a un autre livre de cet auteur dispo à la bibli qui te tente, n'hésite pas à le dire ;-)


pour la date , le 15 juin (ou plus tard)  cela te va ? 



Eeguab 03/04/2013 20:19

Au plaisir de Claude de lire avec toi Au plaisir de Dieu pour le 31 mai.Bonne soirée.

Valentyne 06/04/2013 13:42



lol ;-) bon Week end ;-)



Eeguab 01/04/2013 19:28

J'adore la fraîcheur,l'esprit,la culture,l'humour de Papy Jean.J'adore même sa tendance un peu cabotine.Les cabotins ne me gênent pas tant qu'il y a "quelque chose" de profond derrière le
charme.C'est le cas.Je l'ai beaucoup lu mais te propose de choisir entre deux ouvrages anciens,Au plaisir de Dieu,très autobio,et Mon dernier rêve sera pour vous, faNtaisie sur Chateaubriand.Je
n'ai lu ni l'un ni l'autre.Comme tu veux et quand tu veuwx.A bientôt.

Valentyne 03/04/2013 20:10



Cabotin est le mot juste ;-)


C'est parti pour "Au plaisir de Dieu" alors -) Pour la date, fin mai, cela te va ? 


Bonne soirée Claude ;-)



DENIS 01/04/2013 16:08

non aucun de particulier

Valentyne 01/04/2013 18:37



Coucou Denis ,


Alors je te propose "les braises" dont j'ai entendu du bien et un copier-coller de ce qu'en dit l'éditeur : " Roman flamboyant de l'amitié et de l'amour, où
les sentiments les plus violents couvent sous les cendres du passé, Les Braises est également un tableau de la monarchie austro-hongroise agonisante "


Bonne soirée ;-)



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