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24 octobre 2011 1 24 /10 /octobre /2011 03:43

  Sur une idée de Leiloona et une photo de Kot

 

   69258832_p-KOT-HOMME-METRO.jpg

Victor contemple l’immeuble devant la sortie de Métro Corentin Celton à Issy les Moulineaux.

 

Il hésite, sa grand mère lui avait dit « un petit immeuble de trois étages, tout de suite en face de la sortie, côté nombres pairs ».

 

Il fallait s’en douter : pas de petits immeubles de trois étages : dans le coin, le moindre immeuble en fait cinq ou six : Il aimerait tant faire plaisir à sa grand mère et l’emmener sur les lieux de sa jeunesse : rue des Petits Ménages a t elle dit mais ici le nom de la rue a changé aussi . Sa grand-mère ne reconnaîtrait rien : pourquoi venir alors ?

 

Il se rappelle les histoires que sa mamie lui racontait quand il était petit : la fois où son grand père était rentré un peu plus tard de son travail de nuit et où elle s’était fait un sang d’encre.

 

Emile, son grand père, rentrait épuisé par ses nuits de travail à l’hôpital.

 

« Il était dans la résistance », a coutume de dire la mamie, fièrement. Elle rajoutait « A ce moment là je n’étais pas au courant : il était chargé de convoyer des paquets, des tracts, des plans d’un inconnu vers un autre inconnu. Il ne m’avait rien dit jusqu’au jour où il est arrivé plus tard que d’habitude le matin. Il avait pleuré en rentrant après cette première rencontre avec le danger ; les allemands ne l’avait pas interrogé ; du fait de son uniforme de l’hôpital ou parce qu’il était manifestement handicapé (non dangereux ? ) »

 

Victor se rappelle comme s’il l’avait vécu ses histoires de Paris occupé, tellement la voix de la grand-mère était nette et claire : les rues désertes, le froid en hiver, les tickets de rationnements. Etre enceinte en 1942 : c’était si inquiétant ! comment donner la vie au moment de toutes ses atrocités. Avec la patte raide d’Emile, il n’avait pas été mobilisé, n’était pas parti au STO. Un bonheur de l’avoir eu toujours à ces côtés pendant ces jours difficiles.

 

Le grand père est mort depuis dix ans maintenant et Henriette la grand-mère sent aussi son heure venir : elle voudrait revoir une dernière fois cet appartement minuscule qu’ils occupaient sous les toits entre 1940 et 1945. Ensuite ils avaient obtenu un logement social à Issy les Moulineaux, toujours

«  Ton père Henri a grandi ici, comme toi »

 

Tout cela pour finalement être porté disparu pendant la guerre d’Algérie, complète alors Victor, intérieurement pour ne pas raviver le chagrin de sa mamie qui l’a élevé, lui Victor, l’enfant qui n’a pas connu son père.

 

Victor regarde une dernière fois l’immeuble qui ne ressemble en rien à la photo que sa grand-mère lui a donné tout à l’heure : 70 ans après, tout a changé : rien ne sert de retourner avec elle ici. Mieux vaut aller au parc cet après midi, les oiseaux sont les mêmes qu’il y a 70 ans !

 

 

 

Ce texte est la "suite" de celui ci  

 une photo qqes mots

 

 

  

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commentaires

Julie Mallauran 28/10/2011 19:17


Figurez-vous que ce texte m'a travaillé toute la matinée de Lundi... J'étais restée su une image de légèreté : le passé n'est qu'illusion, seul le moment présent compte. Et finalement, j'ai repensé
à l'image de la grand-mère et la grande tristesse qui a dû l'envahir en apprenant (si elle l'apprend) que tout son passé est parti en poussière...


Jean-Charles 24/10/2011 18:25


Un fin un peu brutale pour ce joli texte un brin triste.


val 28/10/2011 08:44



oui ce personnage est un peu désabusé et triste



32 Octobre 24/10/2011 12:30


je le trouve triste ce texte... être impuissant pour redonner le sourire à mamie


L'écho des Ecuries 28/10/2011 08:43



oui c'est triste (mais c'est la suite de l'atelier de Gwenaelle et la seconde guerre mondiale ne m'a rien inspiré de gai)



Leiloona 24/10/2011 07:57


Ah tiens, c'est marrant, je n'ai pas eu le même ressenti que Julie. Comme quoi. ;)


val 28/10/2011 08:42



oui c'est surprenant


Pour moi aussi la fin se voulait fataliste et un peu triste



Leiloona 24/10/2011 07:56


Arff, oui, c'est souvent décevant quand on retourne à un ancien endroit. J'ai finalement de la peine pour cette petite mamie qui se faisait une joie de revoir cet endroit. Et la dernière phrase
nous remet tout droit en pleine réalité : allez, elle ira au parc, ce n'est pas bien grave tout ça ...


val 28/10/2011 08:41



oui ce n'est pas si grave ;-)



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