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11 mai 2012 5 11 /05 /mai /2012 00:30

plumedesmotsunehistoire3

Les liens vers les autres participants sont chez  Olivia

 

13 janvier 2009 – 2 Heures moins le quart avant JC

 

L’homme avance d’un pas chancelant, désorienté. Il erre dans les rues de Paris depuis un moment, sans but véritable. Il va où ses pas semblent l’emmener. En même temps, il est soulagé, la douleur à la tête est enfin partie. Malgré le brouillard, il est heureux, plus heureux qu’il ne l’a jamais été toutes ces dernières semaines. Cela fait des jours que la vie lui pèse et maintenant plus rien. Pas de gêne pour respirer, l’air semble déchargé de toutes ses impuretés, il est léger et frais comme un air d’altitude. Les passants semblent ignorer ce septuagénaire qui avance, lentement mais sûrement. Il est devenu transparent.

Soudain, il s’arrête, lève le nez et se rend compte qu’il est arrivé à destination. La plaque de rue lui indique « Quai des Brumes », l’enseigne affiche un « Bistrot des copains » qui n’est plus de la première jeunesse. L’établissement est géré en toute modestie. Il pousse la porte du bistrot mal éclairé et s’avance. Pourtant il en est sûr, il n’a jamais mis les pieds dans ce quartier de Paris.

Attablés au bar, sept clients lui tournent le dos. Un homme dessine un croquis, un autre fait semblant de lire, un autre caresse sa trompette, les autres semblent aux aguets. Le septuagénaire s’installe, ne sait que demander au barman qui le regarde, le sourcil interrogateur. A court d’idée, il observe ce que consomment les autres. Chacun a un grand bol devant lui, fait étrange chaque bol est vide.

Quand soudain …

Soudain …. il reconnaît le premier homme, puis le deuxième et ainsi de suite jusqu’au septième … Ceux là le regardent muets, à la fois désolés et contents de le voir.

- C’est toi Michel, je ne rêve pas ? demande le septuagénaire.

- Et oui Claude, content de te voir. Enfin façon de parler ! lui répond un petit homme, rondouillard, nez rouge et salopette rayée.

- On s’embrasse alors ?

Pudiquement, les hommes se donnent l’accolade.

- Tout ce temps sans te voir, tu m’as manqué tu sais, Michel.

- A moi aussi. Viens, Claude, installe toi avec nous et raconte nous tes vingt cinq dernières années !

Les autres les observent, silencieux.

- Mais pourquoi ne dites vous rien les autres. Cela fait des années que l’on ne s'est pas vu. Quelle surprise ! toi Jacques, l’emmerdeur que je préfère ! Raymond, toujours aussi fleur Bleue ? Boris, Henri-Georges dit la Terreur des Batignolles, Jean et toi, François, tu es si calme, toi qui est toujours prêt pour faire les 400 coups ! je ne te reconnais plus !

- On ne dit rien parce qu’on ne sait  pas si tu es déjà au parfum.

- Au parfum, c’est quoi cette blague, ce dialogue à la Audiard ? et comment avez-vous fait pour être là ? ou alors c’est une farce ! Qu’est ce que vous ressemblez à mes potes disparus ?  Montrez moi vos papiers d’identité ! c’est quoi ce délire ? un gag pour la caméra cachée ?

- Allez les gars, vous voyez bien qu’il ne sait rien : on lui dit ? s’écrit le trompettiste.

- Moi je ne dis rien dit un des compères, vas y toi Boris : c’est toi qui sait faire preuve du plus de diplomatie.

- Moi, diplomate ? s’exclame le dénommé Boris, moi qui passe le plus clair de mon temps à broyer du noir. Non toi plutôt, Jean c’est toi le poète parmi nous.  

- Et bien figure toi, mon cher Claude, que tu ne rêves pas, que tu n’es pas en vacances, tu es ici pour l’éternité et nous sommes chargés de « t’accueillir », de t’accompagner dans tes premiers moments ici.

- L’éternité ?

- Eh ben oui l’éternité ! la mort, avec sa faux, t’a eu et te voilà parmi nous, les fantômes de Paris. Je précise que nous sommes tous volontaires pour être ici ce soir, en souvenir du temps passé et de notre vocation commune : le cinéma.

Les hommes regardent Claude, avec inquiétude. Va t’il craquer, se roulez par terre, hurler qu’il ne veut pas être mort ? qu’il a un film à finir ?

Et alors le septuagénaire part dans un grand éclat de rire : « alors c’est vrai, Renaud avait raison : le bistrot des copains existe et j’y suis arrivé ? » 

Les autres, soulagés de sa réaction, l’entourent et le congratulent.

- Tu sais, Claude, on a prévu des réjouissances à partir du 16 janvier.

Pour  ton passage obligé à l’église, dernier voyage parmi les vivants, la météo prévoit un temps ensoleillé. Tu te dois de planer sur ton enterrement, et ensuite, nous t’avons organisé la tournée de grands ducs. Zola veut absolument de rencontrer pour te raconter sa vision de Germinal.

- Je te préviens, dit un autre dans le brouhaha : on ne te lâche pas ici ce n’est pas solitude & jalousie. Plutôt style les copains d’abord.

- Et puis y’a du boulot !

- Quoi, on bosse par ici ?  

- Ben oui, mais avec parcimonie, par petite touche, tout en subtilité ! comment tu crois que les autres ont des idées, si on n’est pas là pour leur en souffler quelques unes à l’oreille ? Nous sommes ici les Inspirants des Auteuil, Cantet, Desplechin,  j’en passe et des meilleurs ….

 

Le barman s’approche et sort de derrière son bar, il apporte à Claude son bol, vide, comme les autres. En le regardant mieux, Claude s’aperçoit que l’homme est déguisé en femme, robe de soirée et escarpins, son éventail en plumes d'autruches dans une main, le bol dans l'autre....

- Toi ici, Michel ?  vieille folle,  viens m’embrasser.

- Arrête ton char, Claude et prend un bon bol d’air : c’est un des inconvénients d’ici : pas de nourritures terrestres ! mais bon y’a d’autres avantages !

 

Après un long moment d’échange, des « Et tu te souviens du jour où …» ,  des « Ce fut une grand victoire pour le cinéma ce jour là » et des « j’espère qu’on va pas le voir de sitôt celui là car qu’est ce qu’il nous fait rire », les amis se lèvent un à un et prennent congé. Raymond donne le signal : « Au revoir, j’ai rendez vous avec Zazie dans le métro, elle veut aller voir la Pyramide au Louvre et ensuite la Tour Eiffel».

Henri Georges s’en va également et lance énigmatique : « L’assassin habite au 21 »

Boris, donne un grand coup dans le dos de Claude « Salut les gars et à bientôt, j’irai cracher sur vos tombes »

L’homme à la salopette rayée se lève et agite la main : « Content de te savoir parmi nous, Claude : A demain ! même heure, même endroit. Tchao Pantins ! »

 

 

 

 

 

Les mots collectés par Olivia

 

Diplomatie – Eglise – inspirante – croquis – vocation – escarpin – esperluette (&) – impurteé – destination – solitude anaphore – parcimonie – inquiétude – identité – faux – tour – papier – porte – assassin – vacances – jalousie – ensoleillée – victoire – pyramides – altitude – surprise

 

J’ai laissé anaphore

 

COCTEAU-ORPH2E.jpg

 

La consigne des impromptus littéraires de la semaine ;-)

 

"Paris, tout le monde le sait, est plein des fantômes de ceux qui y ont vécu ou y sont passés. Comme le temps leur parait long, bien qu'il soit pour eux aboli, ils se rencontrent ça et là pour deviser, ou encore ils s'écrivent, sans que l'époque qu'ils ont investie de leur vivant soit un obstacle. Le vent parfois porte un de ces chuchotements ..."

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Published by L'écho des Ecuries - dans Désirs d'histoires
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commentaires

Jean-Charles 15/05/2012 22:43

Quelle belle idée que ce bar de l'au delà, toujours fait avec beaucoup d'humour. Bravo !

L'écho des Ecuries 16/05/2012 11:22



Je ne crois pas trop à son existence (dasn l'au delà) mais l'essentiel est d'en sourire ;-)



lucie 12/05/2012 14:11

il est sympa ce bar des copains devenu paradis !

L'écho des Ecuries 14/05/2012 12:43



merci Lucie :-)


en vrai j'y crois pas au paradis (ni aux fantômes)



ceriat 12/05/2012 12:35

Moi aussi, j'ai laissé anaphore. ;-) Ton texte est merveilleusement surprenant. :D J'adooore ! :D Il doit y avoir plein de "fantôme qui te soufflent dans les oreilles", avec une telle imagination.
:D

L'écho des Ecuries 14/05/2012 12:42



j'avais failli proposer fantôme comme mot mais je crois qu'il avait déjà été proposé ;-)



claudialucia 12/05/2012 11:31

Et bien voilà qui console de faire le grand saut! Une superbe idée Valentyne!

L'écho des Ecuries 14/05/2012 12:41



Merci Claudia Lucia :-) le plus tard possible le grand saut ;-)



antonio 11/05/2012 23:45

Sacré comité d'accueil! Et la belle discussions entre potes avec les travers de toujours. Belle imagination.
J'ai beaucoup aimé
Antonio

L'écho des Ecuries 12/05/2012 10:42



c'est tout à fait cela : un comité d'acceuil ;-) Merci Antonio ;-)



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