Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
15 février 2013 5 15 /02 /février /2013 00:00

plumedesmotsunehistoire3

Les liens vers les autres participants sont chez  Olivia  

.

Cette semaine, je "triche" un peu : je recycle une histoire que j'avais commencée (et pas finie) pour un concours de nouvelles. Il fallait inventer la suite d'un texte. Ci dessous, le texte de départ est en italique (ce début est de Jean-claude Bologne)
.
Ceci est une fiction. Toute ressemblance avec un président existant ou ayant existé ne saurait relever que d’une pure coïncidence.
La rumeur se répandit au galop dans toute l’entreprise : le président Rouvière se prenait pour un cheval. Une demi-heure tous les matins, de 11h 15 à 11h 45, avec une régularité de métronome, il s’enfermait dans un réduit reculé, au premier sous-sol, et cavalait bruyamment en hennissant et en ruant dans les meubles. Puis il ressortait, impeccablement cravaté, le cheveu à peine en désordre, et retrouvait toute son autorité sur un conseil d’administration perplexe et des secrétaires tétanisées.
Personne n’osait rien dire. Personne n’aurait rien su, peut-être, si un archiviste maniaque n’avait eu besoin d’un dossier confié à la poussière des caves depuis on ne savait plus combien de générations. Attiré par les cavalcades fougueuses qui s’échappaient du fond du couloir, il avait reconnu dans les cris gutturaux le timbre de son patron et avait tenté d’observer la scène par le trou de la serrure. Peine perdue ; la clé était restée dans l’orifice et l’empêchait de distinguer quoi que ce fût. Il avait confié le terrible secret au gardien, qui l’avait vu sortir bouleversé du sous-sol, en lui faisant jurer sur les clés de saint Pierre de garder le silence. Le gardien promit tout ce qu’on voulut : un tel serment, n’engage le plus souvent qu’à ne transmettre l’information qu’à un ami sûr en exigeant de lui le même secret. Aussi le gardien ne s’en ouvrit-il qu’au portier, un homme de confiance, qui ne le révéla qu’à la standardiste en soulignant combien il comptait sur sa discrétion. La standardiste avait beaucoup d’amis sûrs qui prêtèrent le même serment, et le soir même, seuls des confidents fiables étaient au courant. En fait, pas un salarié, pas un administrateur n’ignorait la découverte du vieil archiviste.
Sauf le président, c’était le principal.
Un conseil d’administration se réunit en urgence. Le président était encore jeune; il avait succédé à son père l’année précédente, et avait fait preuve d’un dynamisme et d’une inventivité qui manquaient depuis longtemps à l’entreprise. Toute l’équipe en avait été revigorée et le cours de l’action avait bondi. Le succès lui était-il monté à la tête ? C’était l’avis du directeur général, qui avait servi sous Rouvière Senior et qui peinait à suivre le nouveau rythme. La secrétaire en chef soutenait qu’il avait été envoûté et qu’elle avait retrouvé une poupée de crin dans un tiroir de son bureau. Le comptable lui demanda si elle n’y avait pas plutôt vu des champignons hallucinogènes ou des dosettes de sucre glace. Les dactylos optaient pour un chagrin d’amour : le président n’avait-il pas dû, en succédant à son père, rompre une liaison qui lui était chère pour épouser dare-dare une héritière mieux dotée ?
Cela vous casse un homme. Le vieil archiviste rappelait que Richelieu lui aussi se prenait pour un cheval, et qu’on n’avait jamais su si c’était par dépit amoureux pour la reine ou à cause de l’ivresse du pouvoir. Cela fit bondir la responsable de la communication, qui souligna l’effet désastreux d’un président hennissant à l’époque du TGV et du supersonique. Un cheval ! Plus personne ne savait ce que c’était dans l’entreprise !
Le lendemain, à la même heure, le président se prenait pour une moto de grosse cylindrée. Cela ne rassura pas la responsable de la communication.
.
Melle Désirée, y vit plutôt une aggravation de la situation. Prévenue par l’archiviste, elle se rendit au sous sol discrètement et par la porte entrebaillée, elle prit conscience de l’ampleur du problème. A première vue, il n’avait pas changé, Mr Rouvière, il avait toujours son costume anthracite, sa cravate à fine rayures blanches, non la différence résidait dans le fait qu’il  avait mis sur sa tête un casque de moto, intégral, totalement noir. Avec le poignet droit, il donnait des coups d’accélérateur à grand renfort de vroum-vroum, il virevoltait dans la petite pièce, faisant des dérapages contrôlés avec des crissements stridents  de pneus. Soupirant en boucle "mais qu'allons nous devenir?", mademoiselle Désirée, photographia discrètement le président avec son smartphone dernier cri et remonta illico à son bureau prévenir le comité de direction occulte, qui s’était formé lors de la première crise de folie de Mr Rouvière. Après avoir déchargé les photos du téléphone, un coup d’œil rapide sur un moteur de recherche spécialiste des cylindrées en tout genre lui apprit instantanément que le président se prenait pour une Honda, plus précisément la Honda d’une série télévisée des années 80 « Tonnerre mécanique ». Mr Rouvière n’avait pas choisi n’importe qu’elle moto mais une  moto au top de la technologie, ce qui dans l’échelle de valeur de Mme Désirée était une nette amélioration par rapport au cheval, mais encore trop éloignée de sa vision de la modernité des TGV et des supersoniques.  Une Honda authentique : cela faisait maintenant des dizaines d’années que ce modèle ne patrouillait plus nulle part : les dernières étaient des objets de collection dans les salons comme Rétromobile. 
.
De surcroît, Mr Rouvière s’était pris pour une moto pendant une heure entière et non plus une demi heure comme auparavant, c’était une preuve de l’aggravation de sa folie ! Son vroum, vroum résonnait beaucoup plus fort que ses hennissements et ses ruades précédentes dans la salle des archives. Elle convoqua donc le cercle restreint des personnes officiellement au courant du « problème », à savoir le directeur général, la secrétaire en chef et le comptable. A peine, les quatre collaborateurs s’étaient ils  enfermés dans la salle du conseil, qu’un mail expliquant la nouvelle lubie du président faisait le tour de l’entreprise et de la tenue de la cellule de crise exceptionnelle qui en découlait. Le premier mail partit d’une jeune secrétaire qui avait promis au responsable des stocks de le tenir au courant, le magasinier avait prévenu le gardien qui lui avait prévenu le chef cuistot de la cantine, qui lui avait informé de vive voix son beau frère, qui se trouvait être dans l’entreprise ce jour là car c’était lui le fournisseur en viande et produits frais de la cantine, enfin du restaurant collectif, comme on l’appelait depuis l’embauche de Melle Désirée. 
Pendant ce temps, les quatre Mousquetaires, ainsi qu’ils se nommaient entre eux avec des airs de conspirateurs, n’arrivaient pas à se mettre d’accord sur la démarche à suivre. La secrétaire en chef connaissait, par l’intermédiaire de la voisine de sa sœur qui était bonne (enfin technicienne de surface) au presbytère du village,  un excellent marabout démagnétiseur. Le directeur général voulait avertir Mr Rouvière père, désormais en congé perpétuel (enfin à la retraite), pour le prévenir que son fils avait perdu les pédales, et s’entraînait pour les 24 heures du Mans. Enfin le comptable, raisonnable, proposait de faire appel discrètement à la médecine du travail pour faire une évaluation psychologique en règle du président, enfin de l'individu qui hier encore était un homme fiable et consciencieux.  
Cependant que les quatre sages discutaient de la conduite à tenir, la triste démence du président commençait à se répandre en dehors de l’entreprise. Tout d’abord les autres fournisseurs de la cantine furent mis au courant, le boulanger, le livreur de boissons. Le coup de grâce fut donné par le directeur du supermarché. Celui-ci, par une malencontreuse opération de sa nouvelle messagerie, envoya à tous ses contacts l’information, au lieu de la transférer juste à sa chère épouse, en qui il avait toute confiance (et qu'il ne pouvait prévenir par téléphone dans la mesure où celle ci était sourde).
Dans la salle des quatre sages, Mme Désirée finit la réunion sur un plan d’action, approuvé à l’unanimité par les trois autres
1° Appeler un garagiste pour savoir si Mr Rouvière pouvait tenir la route et assurer la prochaine présentation des résultats, prévue le surlendemain 
2° Prévenir le chef du restaurant d’entreprise de vérifier s’il n’avait pas fait d’erreur de commande et mis de l’huile pour moteur à la place de la sauce vinaigrette.
3° Planifier une réunion de crise pour le lendemain, même heure, même endroit
4° Il fut décidé d’attendre quelques jours avant de prévenir Mr Rouvière Père et la médecine du travail. "Heureusement que le secret de l’indisposition passagère du président n’avait pas franchi les limites de l’entreprise et qu'au dernière nouvelles les murs n'ont pas d'oreilles", dit Melle Désirée. La séance fut levée sur les mots du comptable se félicitant : « heureusement que la moto en question est une diesel et consomme peu, il faut faire des économies, la crise est en train de nous rattraper, le secteur du bâtiment ne se porte pas au mieux ». En effet, Rouvière et Cie, un des leaders de la construction de logement et de bureau, le carnet de commande n’était pas excellent malgré tout le dynamisme du président depuis son entrée en fonction.
La suite de la journée, se déroula comme à son habitude, le président Rouvière ayant assuré ses fonctions, comme à l’accoutumée. Impeccable cravaté, le cheveu en désordre mais repeigné à la hâte. S’il n’avait pas eu une légère marque de casque sur le front, personne dans l’entreprise ne se serait douté de rien.
Epuisée par ces émotions, Mme Désirée passa le reste de la journée à plancher sur un dossier ultra urgent que lui avait confié Mr Rouvière : trouver un nouveau nom à l’entreprise. «Rouvière fait trop franco-français : nous allons partir à la conquête des marchés internationaux. Il nous faut un nom international, votre mission, Mme Désirée, est de nous trouver un nom, compréhensible dans les vingt principales langues du monde, court, facile à mémoriser ». Cependant, elle n’arrivait pas à se concentrer sur sa tâche : ses idées se dérobaient, tel un cheval récalcitrant devant l’obstacle. Elle revoyait Mr Rouvière se cabrer, puis elle cherchait un nom évoquant la vitesse et le dynamisme mais en fermant les yeux elle revoyait le casque noir de Mr Rouvière et son vroum vroum. C’était le première fois qu’elle se retrouvait à sec comme cela : pas le plus petit début de commencement d’embryon d’idée : un désert…
Le lendemain, inquiète, elle vit arriver l’archiviste en courant. Pour qui le président se prenait il maintenant ? Après le cheval et la moto, voguait il comme une goélette dans les flots d'une folie incontrôlable, se prenait-il pour un coupé de sport ultra moderne ?  L’archiviste fut incapable de décrire la nouvelle lubie du président : "Il se prend pour un oiseau", dit il, et  baissant la voix il compléta : "Mais lequel, je ne sais pas". Mme Désirée et l’archiviste partirent donc aussi discrètement que possible, vers le sous sol, sous les murmures inquiets de tous les salariés. 
Effectivement, Mr Rouvière était un oiseau : il faisait un bruit à mi chemin entre le croassement du corbeau et le hululement de la chouette : lugubre, strident. Avec un vaque ressemblance avec le cocorico du coq le matin, et aussi de la cigogne (celle d'Alsace pas celle qui dépose les bébés)
Mais ce n’était pas le plus grave, le plus impressionnant était sans conteste les plumes qu’il s’était planté un peu partout : des plumes d’autruche sur la tête, des plumes de paon dans le derrière, pour ne citer qu'elles. "Sa danse est plus proche de la danse de la pluie d’une tribu indienne que de la parade nuptiale des faisans de nos régions", se dit Mme Désirée, qui remonta à tout allure, convoqua le comité des 4 Mousquetaires, pendant que la nouvelle se répandait dans l’entreprise et hors de l’entreprise à la vitesse d’un aigle royal fondant sur sa proie. Mme Désirée avait eu un choc et caquettait que l’entreprise était finie, que les actionnaires ne s’en remettraient pas, qu’il fallait appeler l’hôpital psychiatrique ou la SPA, voire les deux. Plus mesurés, les trois autres essayaient de voir le côté positif des choses : 
- Personne n’est au courant pour le moment, annulons la conférence de presse de la publication des résultats! 
- Prévenons monsieur Rouvière père ! je connais une clinique discrète avec un bon  vétérinaire !
"Ne paniquons pas, cela pourrait être pire il pourrait se prendre pour un Fou de Bassan", finit Désirée en s'essuyant les larmes avec la manche de son tailleur Chanel. N'écoutant que son optimisme, elle se mit à rechercher sur internet quel était cet oiseau étrange, que le président avait investi.  
Quand soudain, le président ouvrit la porte violemment. Souriant et exalté, ses plumes de paon, de faisan et d'autruche formaient comme un bouquet de fleurs exotiques sur le haut de son crâne et les quatre Mousquetaires dirent, implorant presque : "Vous allez bien Mr Rouvière ? "
Celui ci  s'écria "Eureka j'ai trouvé le nouveau nom de notre entreprise : cela fait des jours que je cherche, et que j'applique les nouvelles méthodes de créativité de Mr Beigbeder : je me suis transformé en cheval, en moto pour trouver la divine inspiration et j'ai TROUVE : quel meilleur symbole pour une entreprise en bâtiment que celle de la grue, à la fois objet et oiseau,  engin de chantier dominant la ville, oiseau s'élançant dans le ciel  : A partir de demain Exit Rouvière et compagnie et QUE VIVE COQUECIGRUE"
.
Les mots collectés par Olivia :
pendant – oreille – congé – salon – baissant – coupé – presbytère – compléter – goélette – fleur – précisément – implorer – manche – sourds – individu – patrouiller – comme – devenir
.
Le texte de Mon café Lecture avec le même début est ici (en 2 épisodes)
Celui de Cécile avec un autre début est ici 

Partager cet article

Repost 0
Published by Valentyne - dans Désirs d'histoires
commenter cet article

commentaires

ceriat 17/02/2013 17:38

Totalement génial ton texte ! :D J'adoooore ! :D Je comprends également mieux pourquoi nos entreprises marchent si mal. :lol: Extravagant et originalement drôle. :D

Valentyne 17/02/2013 20:31



Merci Cériat : je trouve aussi que parfois les entreprises acutelles marchent sur la tête ;-)


Bonne soirée ;-)



lucie 17/02/2013 11:48

waou quelle prouesse, tu as tenu la distance ! ton texte me fait penser aux méthodes de developpement personnel de Denis Boulet dans Fais pas çi fais pas ça. Ton histoire de cheval avec l'actualité
prend une drôle de tonalité...

Valentyne 17/02/2013 20:29



Merci Lucie ;-) Je ne connais pas Denis Boulet mais je vais me renseigner ;-)



zygielle 16/02/2013 11:08

Hi hi, "le président Rouvière a perdu les pédales"... et on se demande s'il va tenir la route. J'aurais bien aimé les faire, ces deux-là !
En tout cas, votre histoire de grue et d'approvisionnement en viande à la cantine prend une dimension particulière en ces temps d'actualité presque aussi loufoque que l'histoire de M. Rouvière !

Valentyne 17/02/2013 20:25



oui on avait eu la vache folle, voici le cheval fou maintenant ;-)



Soène 15/02/2013 19:32

Tu aurais pu en garder des morceaux (de ton texte) pour les semaines à venir !
Trop d'imagination tue l'imagination ! Mais qui a dit ça, ici, chez Valentyne, c'est jamais vrai !
Une grue ! ben voyons ! ça porte pas un peu à confusion ? lol !
Bon we & gros bisous d'O.

Valentyne 16/02/2013 09:18



Oui il est tout confus ce pauvre Mr Rouvière ;-)


Pour les morceaux, j'ai préféré tout mettre pour cette histoire : trop de risque que les mots de la semaine prochaine ne se prêtent pas à la suite ;-) 



Olivia 15/02/2013 17:49

Farfelu à souhait !

Valentyne 16/02/2013 09:16



merci Olivia ;-) Le début de M. Bologne est excellent n'est ce pas ?  ;-)



Présentation

  • : L' Echo Des Ecuries
  • L' Echo Des Ecuries
  • : Raconter des histoires (de poneys et de chevaux mais pas seulement) Participer à des défis littéraires
  • Contact

Recherche

Archives