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25 novembre 2011 5 25 /11 /novembre /2011 03:30

plumedesmotsunehistoire3

Les liens vers les autres participants sont chez  Olivia

 

   

 

Jean Michel, Jean Miche les belles Miches pour la presse, virevoltait devant son plan de travail, concentré. Ses gestes d’une grande amplitude valaient à eux seuls le détour : on aurait dit une chorégraphie à mi chemin entre Béjart et Tom Cruise dans « Cocktail »: Sélectionner les ingrédients, râper les légumes, écosser les petits pois à la vitesse d’une mitrailleuse, secouer la poêle où les oignons rissolaient, remuer les marmites. Presque une randonnée entre les plaques, le four, le plan de travail, tout cela en donnant une impression de méthode et d’improvisation mélangée.

Arriver en finale : Jean Michel en rêvait depuis des mois, c’était plus qu’un espoir, , une revanche sur son enfance dramatique. Orphelin à 5 ans, élevé par une tante vieillissante qui n’avait que peu de temps à lui consacrer. Cette tante, stricte, sévère, toujours droite comme un I, comme engoncée dans une armature, le punissait sévèrement à la moindre incartade mais surtout ne lui adressait jamais ni encouragements ni compliments.

Ce concours était l’occasion de sa vie, c’était la conquête de la reconnaissance de sa créativité.

 

Sa romance avec la cuisine datait de ces 10 ans lorsqu’il avait découvert à la bibliothèque un livre illustré d’entrées et de desserts aussi fantastiques les uns que les autres, pièces montées, charlotte aux fruits rouges, soufflé au roquefort et aux noix. Emerveillé par ces images, il l’avait lu de la première à la dernière page, émerveillé comme un aveugle qui découvre les couleurs pour la première fois. « La gourmandise est un vilain péché, il ne faut pas succomber à la tentation » répétait, en boucle, sa tante acariâtre.

 

Jean Michel était toujours surpris par l’opinion que les autres avaient de lui. Soit il recevait des éloges enthousiastes soit les gens étaient agacés par sa facilité à dépasser les bornes et à sortir des sentiers battus. Pas de doute, son concurrent, en face de lui, était à ranger dans la deuxième catégorie. Les deux adversaires s’étaient laissés aller dans les coulisses le jour de la demi finale « pas facile de réfléchir avec ton cerveau de la taille d’un pois chiche » l’avait attaqué Olivier, au sujet de sa bourde sur la faute d’orthographe. « Cornichon diplômé, je vais te mettre un pain  » avait il répondu, hors de lui  : Cette dispute avait fait les choux gras des journaux le lendemain, faisant passer un bref échange musclé due à la pression d’une émission  pour une haine farouche, abyssale (et bien sûr exagérée). Depuis, il était devenu Jean Miche les belles miches autant pour sa menace de « mettre un pain » que pour son dernier plat : « Jambonneau en pain surprise et  pissendive ».  Il les avait bluffés tous avec cette recette, alliant la douceur du pissenlit avec l’amertume de l’endive cuite.

 

Mais c’était le jeu : cette rivalité supposée avait fait grimper l’audimat. La veille il avait vu quelques titres : « Olivier et Jean Miche, le retour », « Jean Miche – Olivier : le combat des chefs »

 

De temps en temps les deux concurrents regardaient l’horloge bien en évidence sur le plateau : pas question d’être en retard, il leur restait 20 minutes pour dresser la table, servir, et écrire cette fameuse pancarte avec le nom du plat. « Pourvu que mon orthographe défaillante ne me fasse pas perdre des points comme la dernière fois » soupira t il

Jean Michel sortit son plat du four : un canard farci de tomates fraîches, de courgettes, d’aubergines et d’oignons accompagné bien sûr de petits pois, son légume fétiche. Mot qu’il avait appris à orthographier depuis sa dernière déconvenue. Le jury pourrait goûter à tout, il espérait que les juges ne resteraient pas sur leur faim.

 

L’horloge sonna la fin de l’épreuve. Aussitôt les deux adversaires arrêtèrent leur travail et reculèrent de deux pas pour laisser place aux trois juges, qui avancèrent dans un silence plein de respect.

 

Soudain effaré, Jean Michel vit l’esquisse de sourire d’Olivier à la lecture de sa pancarte :

« Canard laquais et ses petit pois écossais ». Il se demanda alors, s’il avait à nouveau fait une faute, en tout cas si c’était vrai, pour lui c’était la fin des haricots.

 

Les mots récupérés chez Olivia

 

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Published by L'écho des Ecuries - dans Désirs d'histoires
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commentaires

Aymeline 26/11/2011 15:51

espérons qu'il va gagner ;)

VAL 29/11/2011 08:24



Un pronostic ?



Jean-Charles 26/11/2011 08:12

On voit que la télé et la recrudescence d'émissions laissent des traces...Très drôle en tout cas ici, beaucoup plus que dans une émission aperçue où les candidats se faisaient salement engueuler...
Ici on apprécie le talent !

val 29/11/2011 08:23



En fait je ne regarde pas cette émission et je n'engueule jamais personne ;-)



Lilou 26/11/2011 06:46

Ah comme quoi des mots simples peuvent susciter des vocations.
Elle virevolte ton histoire.
A tantôt
Lilou

val 29/11/2011 08:22



Merci Lilou



Soène 25/11/2011 21:02

MDR ! on se croit vraiment en télé-réalité !
Bien vu, Valentyne, j'espère qu'il n'y laissera pas des plumes avec son canard laquais !
Bon week-end

val 29/11/2011 08:22



Les mots s'y prêtaient bien finalement et ce texte répond aussi à une consigne des Impromptus Littéraires : le texte devait finir par la fin des haricots : la perche était trop belle ;-)



covix 25/11/2011 17:49

Bonsoir,
Ah! que c'est vexant, mais qui sait... peut être la suite nous prouvera le contraire...belle ambiance, rythmée, du "suspens"...j'aime bien
Bonne fin de semaine
@ plus

val 29/11/2011 08:20



Merci Covix


A bientôt



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