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3 février 2012 5 03 /02 /février /2012 00:30

plumedesmotsunehistoire3

Les liens vers les autres participants sont chez  Olivia

 

    

On voit de drôles de choses dans un train

Même dans un Transilien.

Le matin, les passagers grimpent un peu ensommeillés et se plongent tout de suite dans leur occupation favorite : dévorer un livre, parcourir un quotidien,  relire une étude marketing et ses graphiques multicolores, s’isoler dans la musique. Certains finissent leur nuit, la tête renversée en arrière, bouche ouverte. Une jeune fille parait frigorifiée, petite mésange recroquevillée sur elle-même. Son ami lui propose son bonnet avec une tête de scolopendre brodée dessus, elle refuse d’un sourire.

Ce matin, certains passagers sont un peu inquiets et scrutent le ciel : quelques flocons de neige volètent. Il ne faudrait pas que cela tienne, sinon cela deviendra le parcours du combattant pour rentrer ce soir : des voitures en travers, des conducteurs de train qui ne peuvent pas rejoindre leur poste, des trains annulés, la pagaille, des voyageurs désorientés. Et une fois arrivé à la gare, plus de bus, rentrer à pied dans le froid après avoir prévenu la crèche, l’école, les voisins…..

 

A Louveciennes, un homme d’une quarantaine d’année grimpe dans le wagon. Quelques voyageurs soupirent en le voyant avec sa guitare, qui n’est pas rangée dans une housse. Guitare non rangée signifie sérénade.

 

L’inconnu se faufile et s’installe le dos contre les sièges relevés. Il commence à gratter quelques cordes. Des cheveux longs, pas lavés, un jean qui a connu des jours meilleurs, de grosses chaussures de chantier pleines de boue.

Je me demande où il a passé la nuit : a-t-il un semblant de foyer ? Il se gratte la gorge intimidé, feignant ignorer les quelques regards hostiles.

Les premières notes me font sourire : Ce bon vieux Georges que j’adore, il a tout ma tendresse et puis une chanson sur la solidarité et les potes, c’est toujours bon à écouter avant  d’arriver au boulot pour parler marge brute, chiffre d’affaire et besoin en fonds de roulement.

 

L’introduction s’éternise : va-t-il juste gratter sa guitare jusqu’à la prochaine station ou va il se mettre à chanter ? Il a l’air d’hésiter à se lancer, il se repose sur un pied puis sur l’autre, comme s’il était dans un bateau qui tangue et pas dans un train. Veut il accoster ou poursuivre son voyage sur une mer plus calme ?  il serre sa guitare bizarrement, elle est un peu haut presque au niveau du thorax.

Et puis tout d’un coup, il se lance, inexorablement :

 

Non ce n’était pas la loco

Du Vaucluse cette loco

Qu’on se le dise au fond des gares

Dise au fond des gares

Elle roulait en Père flemmard

Sur la grand’ voix des banlieusards

Et s’app’lait les ti trains d’abord

les ti trains d’abord

 

A ce moment la moitié des voyageurs, enfin la moitié de ceux qui n’ont pas des écouteurs scotchés sur les oreilles, lèvent la tête : il y a une erreur, ce ne sont pas les parole attendues.

 

Garches passe, son hôpital et se pavillons bien ravalés. Le train s’arrête : peu de monde descend, beaucoup monte : il faut se serrer un peu plus.

L’homme continue sur sa lancée, sa voix s’est affermie et parait moins éraillée qu’au premier couplet

Ses flectuas nes miniatur’

C’était pas la grande ceintur’

N’en déplaise aux amateurs de sport,

Aux amateurs de sport,

Son conducteur et ses cheminots

N’étaient pas des enfants d’nigaud,

Mais des amis du métro

Ces ti trains d’abord ;

 

Saint Cloud est dépassé : les voyageurs sont un peu plus serrés, un train de provenance de Versailles a été annulé : Quelques voyageurs luttent en silence pour la dernière place assise.

L’homme poursuit, la deuxième moitié des voyageurs a levé la tête, curieux :  quelles vont être les paroles maintenant ?

 

Au moindre coup de gros brouillards,

C’est les usagers qui prenaient le car,

C’est eux qui allaient Gar’ du Nord

Allaient gare du Nord

Et quand ils étaient train express

Qu’leur bogies lançaient du stress,

On aurait dit des dinosaures

Ces ti trains d’abord

 

Les sourires sont plus francs maintenant, l’attention est palpable.

A la Défense, les gens descendent plus qu’ils ne montent, rouges comme des tomates d’avoir été serrés les uns contre les autres avec manteaux, écharpes et bonnets ; glissant au passage une  pièce au chanteur, avec un petit mot ou un sourire. J’imagine que certains resteraient bien dans le train écouter la fin de la chanson

 

C’étaient pas des anges non plus,

Locorevue, ils l’avaient pas lu,

Mais ils partaient tous wagons dehors

La compagnie des wagons lits,

C’étaient leur seule litanie

Leur crédo, leur Météor,

Aux ti trains d’abord

 

Au rendez vous des bons ti trains

Y’avait pas le transibérien,

Quand l’un d’eux manquait en gare,

C’est qu’il en avait marre

Oui mais jamais au grand jamais,

Sa place dans la rotonde n’se refermait,

Cent ans après , coquin de sort !

IL manquait encor.

 

Des locos j’en ai pris beaucoup,

Mais la seule qui ait tenu le coup,

qui n’ai jamais changé de voie

Mais changé de voie, roulait en père flemmard

Sur la grand’voie des banlieusards

Et s’app’laient les ti trains d’abords

  

Déjà Gare Saint Lazare, le train et la guitare s’arrêtent.

La mésange et le scolopendre partent bras dessus bras dessous. Certains chantonnent.

Georges a bien gagné son début de journée  

 

 

Les mots glanés par Olivia

 

Erreur - tendresse - train - thorax - scolopendre - lutte - inconnu - inexorablement - boue -pavillon - compagnie - foyer - neige - étude - mésange - flocon - accoster - désorienté - parcours - tomate  - chanter - gare - livre

 

La consigne des Impromptus littéraires de la semaine

 

Vous avez toute liberté pour nous faire part de vos observations, hormis l'amorce : votre texte commencera impérativement par cette phrase : "On voit de drôles de choses dans un train..."

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Published by L'écho des Ecuries - dans Désirs d'histoires
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commentaires

claudialucia ma librairie 05/02/2012 17:25

Bravo! J'ai aimé cette chanson à la manière de Brassens/ Les paroles sont réussies et c'est vrai que l'on se prend à sourire comme les voyageurs.

L'écho des Ecuries 06/02/2012 16:54



si on sourit, tant mieux : c'était le but ;-)



Aymeline 05/02/2012 17:21

Pas mal du tout la reprise de Brassens !!! :D

L'écho des Ecuries 06/02/2012 16:53



merci Aymeline : pas encore lu ta suite des estiviens et de john .... ce soir ;-)



La plume et la page 04/02/2012 18:56

Très chouette ton texte. Comme les voyageurs j'étais curieuse de connaître la suite de la chanson. Une idée originale!

L'écho des Ecuries 06/02/2012 16:52



merci ;-)



elcanardo 04/02/2012 17:13

Magnifique coup double. Belle interprétation ferroviaire de la chanson de Georges !!!

Les coincoins d'abord !

L'écho des Ecuries 06/02/2012 16:51



chouette ces coins coins ;-)



Jean-charles 04/02/2012 12:21

Excellent ! clap...clap...clap J'ai les mains échaufféesà force. J'imagine que Brassens au fond de sa tombe en remue ses poussières de contentement. Je n'ai qu'un mot dire : Bravo !

L'écho des Ecuries 06/02/2012 16:29



moi aussi j'ai eu les mains échauffées mais j'avais des moufles ;-)


merci Jean Charles



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