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4 avril 2013 4 04 /04 /avril /2013 00:17

chevalier inexistantLecture commune avec Noctembule

Agilulfe Edme Bertrandinet des Guildivernes et autres de Carpentras et Syra est un soldat de l'armée d'un Charlemagne vieillisant. Tout le ressort de l'histoire tourne autour du fait que ce chevalier au nom improbable, n'existe pas. C'est une coquille (ou plutôt une armure) vide. Il est donc inhumain, mais aussi surhumain : il n'a aucune faiblesse humaine, il  fait semblant de participer aux banquets et ne fait que travailler, inspecter les autres soldats, rapporter leur petits méfaits ou arrangements avec la dure vie de la garnison. Bien entendu il ne dort jamais : 

"Du fond des tentes coniques, montait comme un sourd concert de souffles d'hommes endormis. Ce que pouvait être le bonheur de fermer les yeux , de perdre tout sentiment de soi-même, de s'abîmer dans le gouffre de sa propre durée, et puis, au réveil, de se retrouver tel qu'avant, prêt à tisser de nouveau les fils de son existence, cela, Agillulfe était incapable de le concevoir ; l'envie qu'il éprouvait devant cette faculté de dormir accordée aux personnes existantes, restait un sentiment confus, l'envie de queque chose dont on n'a pas la moindre notion." (p 19)

Tout cela fait que Agilulfe est détesté de ces contemporains. 

Gourdoulou, l'écuyer que Charlemagne lui octroie, est son opposé : il vit, respire, dévore la vie à pleine dents, séduit les damoiselles mais a dans la tête à peine la conscience d'un petit pois, il se prend régulièrement pour un canard, un papillon....     alors qu'Agilulfe ne "vit" pas  mais réfléchit énormément. 

Un jour, le titre de chevalier d'Agilulfe est remis en cause. Celui ci doit partir à l'autre bout du monde pour retrouver la princesse Sofronie qui pourra attester du fait que Algilulfe a bien eu trente ans auparavant un comportement exemplaire et qu'il mérite bien son titre.

J'ai beaucoup aimé le ton burlesque indiqué dans la quatrième de couv. Les personnages se croisent sans se rencontrer : la guerrière Bradamante, Raimbaut un jeune homme qui veut venger son père tué par un émir, (il finit par y arriver mais sans panache et se trouve ainsi bien ridicule). Raimbaut  tombe amoureux de Bradamante alors qu'elle même se consume pour Agilulfe, le chevalier qui n'existe pas. 

J'ai bien aimé également les chapitres où c'est une nonne, Théodora, qui raconte la quête d'Agilulfe. En particulier les passages, qui mettent bien en évidence toutes les difficultés de coucher sur papier une histoire qui se déroule sous les yeux de l'écrivain, faire partager au lecteur cette émotion n'est pas toujours évident  : "Voyons : il me faut maintenant représenter les terres traversées dans leurs pérégrinations par Agilulfe et son écuyer. Tout doit tenir dans cette page  : la grand-route poudreuse, la rivière ; sur la rivière, un  pont ; Agilulfe vient précisément de le franchir,sur son cheval au sabot léger : toc-toc, toc-toc... Il ne pèse pas lourd ce chevalier sans corps, sa monture peut parcourir des lieues et des lieues sans se lasser ; quant au maître il est increvable. Tiens, sur le pont, voici que passe un lourd galop : toutoutoum! C'est notre Gourdoulou, qui fonce, accroché à l'encolure de son cheval ; leurs deux têtes sont tellement rapprochées que c'est à se demander si c'est le cheval qui pense avec la tête de l'écuyer ou l'écuyer avec la tête du cheval ...je trace sur mon papier une ligne droite, avec par-ci par là quelques brisures : c'est le trajet d'Agilulfe. Et puis cette autre ligne, toute en tortillons et en zigzags: ça c'est la route de Gourdoulou. Sitôt qu'il voit voleter un papillon, il pousse son cheval à sa suite et se figure qu'il est en selle  non du cheval mais du papillon, alors il s'égare et s'en va flanant par les prés. Pendant ce temps, Agilulfe tient son cap et s'avance, droit comme un i .  (p129)  

 

Enfin, la guerre et ses combattants sont souvent tournés en ridicule , d'une façon fine et subtile (les passage sont nombreux , en voici un parmi d'autres) :

Si la puissance d'une armée se mesure au chahut qu'elle mène, certes la retentissante milice des Francs  apparaît dans toute sa force quand sonne l'heure du rata. Le bruit se répercute à travers plaines et vallons, très loin pour se confondre avec l'écho d'un autre charivari, qui provient des marmites infidèles. L'ennemi aussi, à la même heure, s'applique à ingurgiter une exécrable soupe aux choux. La bataille d'hier était moins assourdissante. et surtout moins nauséabonde. (p75)

 

En conclusion : j'ai beaucoup aimé ce conte philosophique dans la droite ligne du "Baron perché" et du "Vicompte pourfendu" à la fois léger et qui fait réfléchir, loufoque et grave.

Je me suis limitée en extraits , j'avais mis une quinzaine de post-it sur des passages qui m'ont plût.

 

tour monde 8 ANS

Une escale en Italie 

 

et ma première participation au challenge de Catherine"des contes à rendre"

contes-a-rendre.jpg

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3 avril 2013 3 03 /04 /avril /2013 23:01

Je n'ai pas pu résister : cela ce passe chez Oeil qui fume 

 

Voilà les catégories qu'elle propose ;-) Et pour faire semblant d'être raisonnable , je me suis inscrite dans la deuxième catégorie ;-)

 

Les intitulés de ces catégories sont des titres de chansons de Vian, un petit clic pour avoir la version audio !

On n’est pas là pour se faire engueuler (1 ou 2 livres)

Fais-moi mal Johnny (de 2 à 5 livres)

J’suis snob (de 5 à 10 livres)

      VIAN.jpg

      Romans :

Conte de fées à l’usage des moyennes personnes (le seul que j'ai lu de Vian  qui ne m'a pas plût)
Vercoquin et le Plancton
L’Écume des jours (lu deux fois +++)
L’Automne à Pékin (lu il n'y a pas longtemps ..+++++...)
L’Herbe rouge (excellent à relire ++++)
L’Arrache-cœur (excellent à relire ++++)
Trouble dans les Andains
J’irai cracher sur vos tombes (intéressant ++, très violent , selon mes goûts)
Les morts ont tous la même peau
Et on tuera tous les affreux
Elles se rendent pas compte

Nouvelles :

Les Fourmis
Les Lurettes fourrées
Le Loup-garou
Le Ratichon baigneur
Les Fourmis, le Loup-garou et autres nouvelles

Poésie :

Cantilènes en gelée
Cent sonnets

Chroniques, recueil d’articles :

En avant la zizique
Manuel de Saint-Germain-des-Prés
Chroniques du menteur
Ecrits sur le Jazz

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3 avril 2013 3 03 /04 /avril /2013 09:23

L’annonce : Lycée Tonnerre de Brest cherche conseiller d’orientation – qualités pédagogiques indispensables. Force de proposition,  vous serez un élément moteur de notre nouvelle organisation. Vous serez en charge des élèves de seconde, de première, de terminale et aussi responsable de l’orientation post-bac. Vos capacités d’adaptation et votre esprit d’équipe sont reconnues. Expérience et références exigées. Bilinguisme souhaité (précisez la ou les langues maîtrisées) -  Référence de l’annonce Mme Gwenaelle Skriban 1234

Ma lettre de motivation : 

Chère madame Skriban,

Votre annonce pour le poste de « conseiller en orientation » m’a énormément intéressée : j’ai une expérience de 20 ans dans l’orientation. Toute petite déjà, je m’étais perdue sciemment au Carrefour du coin pour m’entraîner. Je me souviens comme si c’était hier du message au haut parleur de ce supermarché  » La petite Valentyne attend sa maman au rayon nouilles ». En vrai je ne m’étais pas perdue dans les rayons, je faisais semblant.

Afin de vous prouver ma motivation, je répondrais donc point par point à votre annonce ( j’en profite pour vous glisser que j’ai tous mes points à mon permis)

1. « Vous serez un élément moteur  » : Alors là c’est tout moi, les moteurs , j’adore : je passe de la première à la seconde ………..puis la sixième en moins de temps qu’il n’en faut à Michael Schumacher pour changer ses pneus, c’est dire. J’en profite pour vous dire qu’il y a une erreur dans votre annonce, vous parlez de la seconde avant  la première, c’est l’inverse mais ceci est un détail.

Ma dernière expérience significative est la  reconfiguration totale  mon GPS . D’ailleurs en votre hommage, je l’ai rebaptisé Gwenaelle Plezou Skriban (avant elle s’appellait Ginny Paula Smith mais c’était trop commun). Maintenant,   mon GPS et moi nous faisons une équipe du tonnerre  : je lui parle, elle me répond gentiment, et je ne me perds plus jamais, ce qui pour un conseiller d’orientation est fondamental, vous en conviendrez.

2. « Capacités d’adaptation » : Je m adapte très vite à tout moyen de locomotion : J’ai conduit les Rennes du père Noël (emploi saisonnier), la jaguar de mon mari (emploi bénévole), la mustang du voisin , la fusée de Tintin (simulateur de vol au musée Hergé). Je m’adapte également à tous lieux : j ai été un peu déboussolée avec le Paris-Dakar en Argentine mais maintenant cela va mieux.

3. « Bilinguisme souhaité »: Actuellement sans emploi, et pour ne pas perdre mes compétences, je regarde chaque semaine Pékin-Express à la télé et je m’entraîne à parler pékinois avec le chien de la belle sœur de ma tante, qui est lui même un pékinois pur race.  Je fais de gros progrès. Le chinois, c'est l'avenir.....

Je vous prie d’agrée chère Madame Skriban, mes respectueuses salutations, je suis la femme qu’il vous faut pour ce poste de « conseiller d’orientation ».

Cordialement

Valentyne

 

La consigne de GwenaelleTout d’abord, il vous faudra chercher une annonce d’emploi. Ne vous inquiétez pas. Les annonces, ça se trouve facilement. En tout cas, plus facilement que les postes qu’elles décrivent. Sur le net, ça pullule… Vous avez également la possibilité d’inventer une annonce si vous vous sentez l’âme d’un recruteur.

Ensuite, vous devrez rédiger une lettre de motivation pour le poste convoité. Mais pas n’importe comment… Un peu à la manière de Sara Fistole dont le blog est une mine d’idées pour le détournement de lettres de motivation. Comme toujours, vous avez le droit d’user et d’abuser de l’humour, du décalage, de l’absurde…

Les autres participants sont ici ;-)

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1 avril 2013 1 01 /04 /avril /2013 12:02
- Vous êtes prêtes, les filles ?
- Oui cheftaine !
- Allez c'est votre premier saut en parachute mais on ne se laisse pas intimider par le ciel et l'immensité de l'azur. Notre cible est ici ! C'est la cave de Roquefort ! Compris ? 
- Oui cheftaine ! 
- Notre avion va faire demi tour et dans l'ordre, quand je dis "trois", vous sautez : d'abord Indigo, puis Marine, puis Claire et enfin Lotus : c'est compris?  
- Oui cheftaine !
- Et n'oubliez pas : on a une mission à remplir, on n'est pas ici pour faire du tourisme ! Il nous faut libérer notre cousine, la Verte, prisonnière  ! des questions ?
- Oui cheftaine, c'est bien beau cette aventure mais si on se perd dans les couloirs de cette cave, elle doit être humide et pleine de rats. Que fait-on si on tombe sur une escouade de rats maléfiques? ou sur un autre imprévu
- On se serre les coudes, on n'est pas des souris bleues, non mais ! 
- Répétez après moi : "Nous les souris vertes, libérons notre cousine, prisonnière du méchant Rat de Prusse
..
Texte écrit dans le cadre de cet atelier (cours d'écriture créative à distance) que m'a fait connaître Cécile d'Ecrimagine
..
Son texte sur la même consigne "bleu et tourisme" est ici
..
Et vous? Que vous évoquent bleu et tourisme  ? 
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31 mars 2013 7 31 /03 /mars /2013 01:22

Lecture commune avec Eeguab sur le titre "le Miracle de San Gennaro" de Sandor Marai

miracle-san-gennaro.jpg

 

 
Dans l'Italie d'après-guerre (1948), la vie s'écoule à Naples, plus particulièrement dans le quartier de Pausilippe. Les gens sont très pauvres mais plutôt joyeux. Ils prennent la vie comme elle vient, restent solidaires, reçoivent avec bonhommie et chaleur  le neveu émigré aux Etats Unis, qui revient voir la famille. Ils discutent aux terrasses des cafés, se promènent dans les rues, prient (un peu) dans les églises. Ce livre présente ce quartier pittoresque de Naples, où les gens manquent cruellement d'argent , de nourriture et sont nombreux à être au chômage.  
Dans la première partie, tout le monde parle de deux personnages, un homme et une femme, qui viennent de derrière le rideau de fer. Chacun imagine leurs motivations, leurs vies. Mais ils ne parlent pas que d'eux mais aussi des étrangers en général. Certains passages sont très drôles, tout en subtilité, comme celui ci sur les anglais. 
 "Avez vous remarqué, amiral, que ceux qui, dans notre région, ont une réputation de prophète, gardent le silence ? Je crois que loin d'être prophètes, ce sont tout simplement des anglais un peu fous, les fous sont d'ailleurs nombreux en Angleterre. L'un de mes oncles a fait ses études à Oxford, à une époque où les paysans siciliens travaillaient encore.... Les propriétaires terriens pouvaient alors se permettre d'étudier, contrairement à ce qui se passe aujourd'hui où les paysans refusent de travailler et revendiquent les terres des seigneurs. Bref, mon oncle rapporte que dans certaines maisons de la campagne anglaise, on voit souvent, au premier étage, des messieurs d'un certain âge qui passent leur journée à découper des étoiles avec des ciseaux à ongles dans une feuille de papier mauve. Leurs logeurs ne s'en inquiètent guère : "C'est un hobby", répètent ils . Le saviez vous ? 
- Oui, je le savais , répondit calmement l'amiral. Un jour, ma flotte s'est arrêtée à Southampton, où je puis vous affirmer que les fous sont tout aussi nombreux.
- Les étrangers qui vivent ici sont des anglais désargentés, insista le baron. Ils sont taciturnes, comme tous ces britanniques un peu loufoques. Il me semble qu'il n'est pas trop difficile d'apprendre à parler anglais. Non, ce qui est vraiment difficile, c'est d'apprendre à se taire en anglais.
- Les Anglais savent très bien se taire en anglais, objecta l'amiral. p71 
.
Sandor Marai décrit en quelques phrases et  avec humour  les croyances et coutumes locales, que ce soit la place des églises "Une napolitaine de bonne famille , ayant reçu une éducation digne de ce nom, ne donnait jamais rendez vous à ses amies ou à ses amants ailleurs que dans une église"( p101)  ou de celles des saints : "Les napolitains ne s'adressaient guère aux saints de Rome. Ils n'allaient pas davantage à la capitale pour consulter médecins et avocats. Non, ils voyageaient rarement et quand ils se décidaient, ils choississaient plutôt comme destination Milan, où ils pouvaient espérer trouver quelque travail. Rome avait la réputation d'une ville extrèmement bureaucratisée où tout, y compris l'accès aux saints patrons, était d'une rigidité administrative".P 105
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En fin de première partie, on apprend que l'homme est retrouvé mort en bas d'une falaise (ceci n'est pas raconter l'histoire puisque la quatrième de couv l'annonce elle aussi). Meurtre, accident ou suicide ? Là n'est pas l'essentiel. L'essentiel est plutôt de comprendre , d' analyser le ressenti de ce que vivent les expatriés politiques (et apatrides). On  entendra assez peu parler l'homme, ce que l'on apprend de lui se fait beaucoup par personnes interposées. La femme parlera plus longuement, évoquant leur fuite, leur désir mais aussi leur peur  d'émigrer aux Etats unis ou en Australie.  
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Dans la deuxième partie, le vice-questeur mène l'enquête sur la mort de l'homme et son désir de mourir pour "sauver l'humanité". Un extrait avec ce monologue d'un moine qui a beaucoup parlé avec cet homme mystérieux. Il parle ainsi au vice-questeur : 
- Lorsqu'on écoute les gens venus de derrière le rideau de fer, on peut distinguer deux types de discours. Le premier est accusateur. C'était insupportable, clament-ils. Et lorsqu'on les interroge sur ce qu'ils ne pouvaient plus supporter, ils donnent des réponses tantôt simples, tantôt compliquées. Ils ne pouvaient plus supporter d'avoir été dépossédés de leurs terres, de leurs biens, de leur rôle professionnel. Ou ils ne pouvaient plus supporter les conditions de vie quasi primitives que le régime imposait à ceux qui n'appartenaient pas à la caste des privilégiés. Ou l'état de crainte permanente, l'atmosphère de suspicion générale. La peur , la nuit, chez eux, et le jour, à leur lieu de travail. La méfiance, la délation, l'appréhension qu'ils éprouvaient devant le responsable de l'immeuble. Plus grave, le soupçon entre époux, entre le père et le fils. Insupportables encore le changement, la disparition de leur environnement, la transformation dans leur vie privée et publique, de l'ordre auquel ils étaient habitués. Ils dénonçaient pêle -mêle la monotonie de la propagande officielle, la vacuité des librairies, des cinémas, des théâtres, les slogans que serinaient les postes de radio. L'obligation de croire à toutes ces absurdités, aux mensonges de la propagande officielle. Les défilés, les meetings, l'enthousiasme de commande, les rançons, les impôts, les chantages de toutes sortes, etc. De toutes ces plaintes individuelles, voyez-vous, se dégage une conclusion générale : les réfugiés venus de derrière le rideau de fer et les centaines de millions de personnes qui vivent encore là-bas ont été privés de toute humanité.... en vérité, on leur  a imposé une réalité quotidienne à visage inhumain.
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J'ai beaucoup aimé ce livre, plus la première partie, haute en couleurs que la deuxième très introspective. En grande partie autobiographique, ce roman de Sandor Marai parle du difficile exil et de la difficulté d'être apatride, sans espoir de retour. D'origine hongroise, il a lui même émigré en Amérique en 1952 après un bref séjour en Suisse puis en  Italie. Il se suicidera en 1989 après la mort de sa femme et de son fils. 
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A jeudi prochain pour une citation avec comme sujet les miracles et les chevaux ......
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29 mars 2013 5 29 /03 /mars /2013 00:00

plumedesmotsunehistoire3

 

 

Il faut que je vous raconte la dernière aventure qui m’est arrivée. J’en entends déjà qui ricanent (voire qui haussent les sourcils en disant que je suis malade), mais tout ce qui suit est la pure vérité, et non pas une tentative désespérée d’oublier la grisaille de cette fin d’hiver. Ce matin, en descendant dans le jardin, le  noyer était  en fleur. Cela aurait dû me mettre la puce à l’oreille car c’est beaucoup trop tôt pour la floraison de ce vénérable centenaire. Intriguée,  je me suis approchée, et en ajustant mes lunettes, je remarquai que les fleurs du noyer n’étaient pas le phénomène le plus étrange. Non, ce qui était étrange, c’était le rond de spectateurs autour du noyer. Je les ai reconnus tout de suite, ils étaient venus, ils étaient tous là. Par  « ils » j’entends les légumes du potager du voisin (Je tiens à préciser que je n’ai pas de potager car je n’ai pas le sabot vert). Il y avait un premier rang d’oignon, un rang de poireaux qui n’aimaient pas attendre et qui bougonnaient, un rang de courgettes, un rang de frisées, un rang de tomates pas pourries derrière, un rang de tomates pourries devant….    Les aubergines montaient la garde de chaque côté. Je me rapprochai, curieuse,  et allait demander à un avocat, qui avait l’air de savoir ce qu’il faisait là, ce qui se passait quand j’entendis trois coups résonner. Plus besoin d’explication, l’énigme de cet attroupement était résolue : j’allais assister à la représentation d’une petite troupe théâtrale. Je me cachai donc derrière le tronc du noyer pour avoir une vue plongeante sur la suite des opérations. Un ballet de poireaux entra en scène déclenchant les applaudissements de la foule. Roulement de topinambours.  L’acteur entra en scène et là je le reconnus tout de suite, c’était Lewis Scarole : j’avais suivi ses aventures l’an dernier et je savais qu’il avait été chassé de son royaume des merveilles il y a peu de temps. Mais comment était-il arrivé dans mon jardin ? 
De sa voix rauque, il se mit à chanter dans un silence respectueux. Sa première chanson me semblait familière : « Je suis salade complètement saladeuuuuuu, » en rejetant sa chevelure verte d’un air négligé mais très étudié. L’assistance semblait sous le charme (et non pas sous le noyer pour ceux qui suivent) 
Les frisées avaient du mal à se retenir de se dandiner et se poussait du coude en entonnant le refrain. La chanson finie, l’assistance se mit à crier « LEWIS, LEWIS une autre, une autre ». Cabotin, celui-ci ne se fit pas prier  et entama le tube de l’été : "c’est l’amour dans le potage ouah ouh tchatchatcha …."
A ce moment-là, j’hésitai à aller chercher mon téléphone portable-caméra-dernier-cri pour immortaliser ce moment et puis je me suis dit que j’allais rater le clou du spectacle et j’ai renoncé. 
Les spectateurs faisaient le programme : les salsifis criaient « Lewis, LEWIS et nous ? notre hymne , s’il te plait Lewis » ! et Lewis se lança dans un chant dont vous connaissez sans doute tous l’air : « Salsifi, c’est fini et dire que c’était la recette de mon premier amour ». Pour les poireaux, j’ai bien noté les paroles dans mon calepin.  J’entendis à peu près ceci : « je me voyais déjà en haut de la quiche, sur la béchamel nos corps s’étalaient, je me voyais déjà adulé et riche .....». Il est trop fort Lewis : il chante comme Serge, " J'trie des pois des ptit pois, toujours des p'tits pois  , des pois d'première classe, des pois d'seconde classe"
Alors d’une toute petit voix, à la fin d'une chanson j’ai chuchoté à Lewis : « Lewis, Lewis , tu pourrais me chanter ma chanson préférée du grand Boris ?  Un peu surpris de cette intervention dans son show, il a ouvert sa bouche édentée, et a sussurré : « tu veux dire je suis Snob de Boriz Tian ?  Pas de problème, je la connais par cœur (de laitue) » et il entonna de refrain  repris en chœur par toute l’assistance.
« Je suis snob 
C'est vraiment l'seul défaut que j'gobe
Ça demande des mois d'turbin
C'est une vie de végétarien
Mais lorsque je sors mon cabat
Je suis fier du résultat
J'suis snob... Foutrement snob
Tous mes amis le sont
On est snobs et c'est bon
Et s’il a bien un truc que j’abohrre 
C’est le potage de chez Knorr »
.
Les mots collectés par Olivia
Vénérable – noyer - grisaille - théâtral - royaume – malade- arriver- énigme- abhorrer
.
La consigne des impromptus
Oubliant les gargouilles pour des occupations plus terre à terre, vous allez chercher quelques légumes pour la soupe, mais vous découvrez que vous avez la faculté d’entendre les murmures du potager…
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28 mars 2013 4 28 /03 /mars /2013 19:29

      Il le posa sur l’oreiller à côté de la tête de Cady et me tendit un vieux hochet en carapace de tortue qui était décoré de dents, de cheveux et d’ongles de cerfs. Il ne me donna pas l’ordre d’agiter le hochet, alors je restai immobile. Henry parla d’une voix calme mais décidée.

- Esprits, entendez moi. Pensez particulièrement à moi, pauvre homme. Ceux qui entrent dans ma hutte pour y trouver la sécurité, puissent-ils, lorsqu’ils sortent, laisser derrière eux tout ce qui est mal. Souvenez-vous d’eux. Puisse le bonheur venir à eux, souvenez vous d’eux. 
Il s’arrêta et prit une profonde inspiration. La partie qui suivit fut énoncée comme si elle traduisait une vision.
- Laissez les chevaux de différentes couleurs venir à eux. (Il fit un signe de tête vers les fenêtres orientées à l’ouest et un geste vers le crâne de bison.) Votre pipe et pleine. Venez fumer. Quand ils sortiront de ma hutte, que le bien les accompagne. Qu’aux  lieux d’où ils viennent, ils portent tous la bonne fortune. Que tous nos parents reçoivent le bien. Qu’ils embrassent leurs enfants dans la joie. Que leur chemin suive celui du bonheur. 
 

Sur une idée de Chiffonnette

 

  

  JEUDI CITATION

 

 

 

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25 mars 2013 1 25 /03 /mars /2013 12:02
Je dis :   Jour et l’ombre de la goélette s’amuse à saute moutons dans les vagues indomptées, laissant les ombres recouvertes d’écumes se pourchasser indéfiniment.
.
Je dis :   Soleil et la chevelure mordorée de la fée m’assomme de senteurs poivrées et épicées, sa mise en plis ondule comme un champ de blés trop murs.
.
Je dis :  Mer et le goéland plonge les yeux ouverts dans le vague, inspectant le champ de sirènes qui récoltent de majestueuses anémones
.
Je dis :  Fleur, et une multitude de papillons s’échappent de mes yeux éblouis, houle vertigneuse, vacarme assourdissant des ailes chuchotant leur liberté.
.
Je dis :  Vie et le miel coule du genou de l’enfant intrépide, son vélo cabossé le console et lui intime "en selle, chevalier , cent peurs et sans reproches"
.
Je dis :  Livre et comme un film l'action se déroule, noyant les mots, éloignant les amants maudits et les amoureux transis 
.
Je dis : Eau et des paquets de mer déferlent sur les rochers  centenaires qui stoïquement guettent le reflet du phare dans la nuit étoilée.  
.
Je dis :  Rivière et le mascaret de la Gironde emporte le rire des enfants au large de l’océan, pulvérisant cristaux de diamants. 
.
Je dis :  Vague et je m'endors ;  mon île au trésor prend le large, son vague à l’âme en bandoulière.
..
..
Texte écrit dans le cadre de cet atelier (cours d'écriture créative à distance) que m'a fait connaître Cécile d'Ecrimagine
..
Son texte sur la même consigne "je dis" est ici 
..
Et vous? Que dîtes-vous ? 
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24 mars 2013 7 24 /03 /mars /2013 05:11

FORMULE.jpgAu japon dans les années 1990 - La narratrice (qui n' a pas de nom ou de prénom) a une trentaine d'années.  Elle élève seule un fils de 10 ans.  Elle travaille dans un société d'aide à domicile, qui l'envoie chez un ancien  professeur de mathématiques. Ce vieux monsieur a eu un accident de voiture il y a une quinzaine d'années et   il souffre d'une séquelle très handicapante : Il n'a une mémoire immédiate que de 80 minutes.Il a une excellente mémoire du passé mais ne se rappelle de rien une fois passées ces fatidiques 80 minutes. Il faut sans cesse se représenter, lui rappeler les choses, la moindre sortie ressemble à une expédition.
 
J'ai beaucoup aimé ce livre. Sur un rythme assez lent, nous suivons les relations entre la narratrice, son fils et le professeur.  Le vieil homme a une passion pour le base-ball (en particulier pour un joueur au nom d'Enatsu, célébrité en 1975) et une passion pour les mathématiques. Il était chercheur en mathématiques de haut niveau avant son accident et continue à participer à des concours pour des revues de mathématiques. Chaque fois qu'il se sent perdu (et cela lui arrive toutes les 80 minutes), il rebondit sur des formules mathématiques et parle de la magie des chiffres. 

 .
Ce que j'ai aimé est la bienveillance et l'attention aux autres qui ressort de ce trio. Le professeur, même avec sa mémoire (à court terme) défaillante, apporte beaucoup à cette mère et à son fils. Eternel professeur dans les nuages, couverts de post-it pour se rappeler les évènements les plus importants. Un dessin de sa femme de ménage et de son fils sur un post-it pour ne pas redemander leur nom à chaque fois.  A la mère, il apporte confiance et écoute, lui soumet des problèmes de mathématiques. Il lui explique les nombres premiers, l'encourage dans ses efforts à résoudre des problèmes, sans se moquer d'elle, alors qu'elle a peu de formation mathématique.  Celle-ci a fait peu d'études, car elle a été obligée de travailler très tôt pour élever son fils. Le jeune garçon, que le professeur a surnommé Root (racine carrée) pour la forme étrange de son crâne,  s'intéresse beaucoup au professeur pour sa passion du base-ball et sa collection de cartes de joueurs.... d'il y a vingt ans. On suit volontiers les discussions et les personnages, même s'il y a peu d'action. 
Une plainte de la belle soeur du professeur viendra rompre ce bel équilibre, la narratrice sera congédiée. La perte alors ressentie leur permettra de prendre conscience de ce qu'ils avaient réussi à tisser comme lien.  Après une séparation de quelques semaines, ils se retrouvent et continuent leurs échanges.


 

Un livre que j'ai bien aimé sur la relation harmonieuse entre trois générations, et sur l'importance de ce que peuvent apporter les personnes agées ou handicapées aux plus jeunes (et inversement). 

 

J'ai également bien aimé les explications sur des coutumes japonaises
"La golden Week  ou semaine dorée, première semaine de mai qui cumule les jours de congés, l'une des trois périodes de vacances de l'année du salarié japonais, avec à la mi août pour la fête des morts et la première semaine de l'année pour le Nouvel An."
"Juin est la saison des pluies au Japon. Au Japon été comme hiver, il fait généralement complètement noir aux alentours de six heures du soir."  

 

Deux extraits :
 
Page 78 
Root parle avec sa mère :
- Tu sais ce que je pense? ... fit-il soudain. Quand on va de 1 à 10, il n'y a que 10 qui est un peu à l'écart. 
- Pourquoi ? 
- Parce qu'il est le seul à avoir deux chiffres.
Il avait raison. J'avais fait plusieurs tentatives pour essayer d'analyser les nombres, mais je n'avais pas encore eu recours à la méthode qui consiste à en repérer un qui soit de nature différente des autres. 
En regardant à nouveau les chiffres, je remarquai aussitôt  que le 10 n'était pas comme les autres, au point de me demander avec découragement comment je ne l'avais pas remarqué plus tôt. 10 était le seul qu'on ne pouvait pas écrire sans lever la main. 
- Ce serait bien s'il n'y avait pas le 10, on pourrait les partager exactement au milieu.  
- Comment ça au milieu? 
- Puisque tu n'es pas venue au dernier cours en présence des parents, tu ne peux pas savoir. C'était pourtant celui de gymnastique, où je suis fort. Pendant le cours, quand le professeur nous donne l'ordre de nous mettre en rangs et de nous rassembler au centre, celui qui est au milieu de la file lève le bras et on s'aligne en le prenant comme point de repère. En rangs par 9 c'est facile parce que le cinquième à partir de devant est au milieu, mais par 10 ça pose un problème. Pour un de plus, on ne peut plus trouver le centre.
Je plaçai le 10 à l'écart, alignai les chiffres de 1 à 9, entourai le 5.
Le 5 était sans doute au centre. Il y avait 4 chiffres avant et quatre chiffres après. Il se tenait bien droit, le bras fièrement dressé, comme pour revendiquer sa légitimité en tant que point de repère. 
A ce moment là, je fis pour la première fois de ma vie l'expérience d'un instant miraculeux. Dans un désert cruellement piétiné, une rafale de vent venait de faire apparaître devant mes yeux un chemin qui allait tout droit. Au bout du chemin brillait une lumière qui me guidait. Une lumière qui me donnait envie de suivre le chemin pour m'y plonger toute entière. Je compris alors que je recevais une bénédiction qui avait pour nom étincelle.
.
p81 Ce que la mère ressent pour son fils qui ment au professeur au sujet du joueur de base- ball, Enatsu, car en 1990 ce joueur a pris sa retraite alors que le professeur se croit en 1975 et pense qu'il joue toujours.
C'était surprenant de le voir se comporter en adulte à ce point. Au moins pour Enatsu, nous nous étions fait la promesse de mentir tout du long. C'est embarrassant de mentir, quelle que soit la nature du mensonge. Et c'était encore pire de mentir au professeur. Même si notre mensonge était motivé par le fait que nous tenions compte de sa maladie, c'était difficile de ne pas savoir avec certitude si c'était vraiment pour son bien.  
 
 

 

 

 

 

  
Ma troisième participation au challenge d'Adalana logo-c3a9crivains-japonais_1.jpg

 

et une participation au challenge à tous prix de Laure puisque ce livre a eu le prix Yomuiri

logo-challenge-c3a0-tous-prix (1)

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Published by Valentyne - dans Challenge
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23 mars 2013 6 23 /03 /mars /2013 00:00

Voici mes réponses au tag de Laure

1.  Quel est votre dernier livre coup de coeur ?

"Animal du coeur" de Herta Müller. J'ai beaucoup aimé et l'histoire et la forme. J'ai prévu de faire un billet (en même temps cela fait 15 jours que je l'ai fini et si j'y pense tous les jours à faire ce billet, je ne sais pas par quel bout le prendre)

Plus récent , gros coup de coeur à la maison pour ce livre "Le petit robot rouge"

Sanvoisin-Eric-Le-Petit-Robot-Rouge-Livre-856312143_ML.jpg   

2. Et le dernier qui vous est tombé des mains ?

Je n’ai pas réussi à finir "Passeur d'âmes" D'Anatole Le Braz, un recueil de nouvelles. Les deux premières histoires sont trop tristes et je n'ai pas trop accroché au style (alors que "Animal du coeur" de Herta Müller  est aussi très triste mais l'écriture m'a envoutée tout de suite.)

3. Quel est votre personnage de fiction incontournable, inoubliable ?

J'ai adoré le personnage de Peter Pan et de la fée Clochette quand j'étais petite ;-) 

4. Que vous évoque les contes de Canterbury ? Ceux qui l’ont lu ont-ils souffert ?

Euh rien du tout. Un Canter est un galop d'essai mais un Canterbury I don't know ;-)

5. Salé ou sucré ?

Très sucrée et surtout très chocolat et café…

6. Biscuits ou bonbons ?

Biscuits (au chocolat, chocoalt au lait, chocolat à l'orange, chocolat et ananas.....)

7. Ovin ou caprin  ?

Je suis plus Ovni (non non ce n'est pas une faute de frappe) Sinon j'adore le roquefort.

8. Où étiez-vous le 13 mars 2013 vers 20H30 ?

Il neigeait en région parisienne et j'ai mis plus de deux heures pour rentrer (Transilien en panne) A 20h30, j'étais arrivée à la maison quand même mais depuis peu ;-) Une journée épuisante

9. Y a-t-il de la vie sur Mars ?

J'en suis persuadée. Il y a plein de bactéries très sympathiques (et des enzymes gloutons) sur les barres de Mars (je vous ai dit que j'aimais le chocolat ? )

10. Connaissez-vous la réponse à la grande question de la vie, de l’univers et du reste ?

oui la réponse est 42  et je suis tout à fait d'accord avec cette affirmation (lu il n'y a pas lontemps, pas eu le temps du billet pourtant quel fou rire)

http://fr.wikipedia.org/wiki/Le_Guide_du_voyageur_galactique

guide.jpg

11. Si vous étiez un super-héros ou une super-héroïne, comment serait votre costume ?

J'aurais une cape blanche avec marqué dessus "la révoltée du Bounty" (je vous ai dit que j'aimais le chocolat ? )

       ;-) je tague qui veut répondre ;-)

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