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6 février 2013 3 06 /02 /février /2013 00:54

1984.jpgWinston Smith, 39 ans,  le narrateur travaille à Londres. Il est un des rouages infimes  (et insignifiants) du parti  de Big Brother. Bienvenue au monde cauchemardesque imaginé en 1948 par G Orwell !!! Dans ce monde, plus de pays mais trois blocs, l’Océanie, l’Eurasia et l’Estasia. Ces trois blocs passent leur temps à se faire la guerre ou à s’allier au gré des opportunités.

Ce livre, en trois parties, va crescendo  : la première plante le décor d’un  monde totalitaire terrifiant où chacun est observé, par un télécran, chacun doit approuver les directives du parti, acclamer Big Brother. Il faut également participer à des manifestations appelées les 2 Minutes de la Haine et huer Goldstein, le traître. Les enfants sont invités à dénoncer leurs parents à la Police de la Pensée.

Pour les habitants de Londres, plus de possibilité de s’exprimer, plus de sexe (autre que pour la procréation), plus de livres, plus de loisirs à part ceux collectifs organisés par le parti. Une pauvreté terrible est présente partout, les immeubles sont délabrés, les gens n’ont que peu à manger et la nourriture est infecte. Petit à petit, Winston a envie de se rebeller et commence un acte terrible, puni de mort : il écrit un journal où il raconte son travail au ministère (il est chargé de réécrire les journaux pour changer l’histoire et se pose constamment des questions sur la mémoire individuelle et collective).

Dans la deuxième partie, Winston  écrit également sa rencontre avec Julia, une jeune femme du parti comme lui (en sachant que toute relation est interdite à l’intérieur du parti). Ils vivent ensemble un début d’idylle qui leur donne espoir en un monde meilleur, se trouve une petite chambre (sans télécran) où ils peuvent s’aimer.

Un responsable du parti intérieur, O’Brien, leur propose de rejoindre la rébellion, appelée aussi la Fraternité, mais cette rébellion  existe elle réellement ? Winston et Julia s’engagent alors chez O Brien à rejoindre la rébellion jusqu’au moment où ……

 

Ce livre est un texte très riche, très abouti,  qui réfléchit sur le rôle des livres, des médias, de la manipulation de l’information.

Le parti arrive à asservir les populations en faisant planer le risque de la guerre (Y a t-il réellement une guerre ?). Big Brother apparaît alors le sauveur (Big Brother existe-t-il réellement ? tout en donnant quand même quelques lueurs d’espoir (la rébellion existe elle ?)

En réécrivant l’histoire continuellement et en réduisant de plus en plus le vocabulaire autorisé, le pouvoir en place étouffe toute révolte et même l’idée de révolte.  Plus personne n’a de souvenirs d’avant, plus de mémoire, plus de comparaisons, plus de mots,  plus de révolte…

 

Trois extraits

 Le ministère de la Vérité comprenait, disait-on, trois mille pièces au-dessus du niveau du sol, et des ramifications souterraines correspondantes. Disséminées dans Londres, il n’y avait que trois autres constructions d’apparence et de dimensions analogues. Elles écrasaient si complètement l’architecture environnante que, du toit du bloc de la Victoire, on pouvait les voir toutes les quatre simultanément. C’étaient les locaux des quatre ministères entre lesquels se partageait la totalité de l’appareil gouvernemental. Le ministère de la vérité, qui s’occupait des divertissements, de l’information, de l’éducation et des beaux arts. Le ministère de la paix qui s’occupait de la guerre. Le ministère de l’amour qui veillait au respect de la loi et de l’ordre. Le ministère de l’abondance, qui était responsable des affaires économiques. Leur noms, en novlangue, étaient : Miniver, Minipax, Miniamour, Miniplein. (p 15)

 

Une réflexion de Winston sur le rôle de la sexualité

Son aventure avec cette femme avait été son premier écart après deux ans environ. Fréquenter les prostituées était naturellement défendu, mais c’était une de règles qu’on pouvait parfois prendre sur soi de transgresser. C’était dangereux, mais ce n’était pas une question de vie ou de mort. Etre pris avec une prostituée pouvait signifier cinq ans de travaux forcés, pas plus, si l’on n’avait commis aucune autre offense. Et c’était assez facile, pourvu qu’on puisse éviter d'être pris sur le fait. Les quartiers pauvres fourmillaient de femmes prêtes à se vendre. Quelques unes pouvaient même être achetées avec une bouteille de gin, liquide que les prolétaires étaient censés ne pas boire. (P91)

 

Un peu de géographie pour le challenge « Lieux imaginaires » D’Aymeline

 La division du monde en trois grands états principaux est un évènement qui pouvait être et, en vérité, était prévu avant le milieu du vingtième siècle. Avant l’absorption de l’Europe par la Russie et de l’Empire britannique par les Etats-Unis, deux des trois puissances actuelles, l’Eurasia et l’Océania, étaient déjà effectivement constituées. La troisième, l’Estasia, n’émergea comme unité distincte qu’après une autre décennie de luttes confuses. Les frontières entre les trois super états sont, en quelques endroits, arbitraires. En d’autres, elles varient suivant la fortune de la guerre, mais elles suivent en général les tracés géographiques. L’Eurasia comprend toute la partie nord du continent européen et asiatique du Portugal au détroit de Behring.

L’Océania comprend les Amériques, les Iles de l’Atlantique, y compris les îles Britanniques, l’Australie et le Sud de l’Afrique.

L’Estasia, plus petite que les autre, et avec une frontière occidentale moins nette,  comprend la Chine, les îles du Japon, et une portion importante mais variable, de la Mandchourie, de la Mongolie et du Tibet. (p247)

 

Ma troisième participation au challenge Lieux Imaginaires d'Aymeline

 logo-challenge-lieux-imaginaires

Ma quatrième participation au challenge de  Métaphore sur les Romans Cultes ;-) 

tour-quebec-septembre-frissons-octobre-plein--L-J BS1L

 

et Challenge Babelio Lettre OcritiquesABC2013

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3 février 2013 7 03 /02 /février /2013 00:14


jpod.jpgJ'ai choisi ce livre à la bibliothèque quasi exclusivement sur sa couverture. J'avais envie de quelque chose de ludique, de frais, de drôle et pourquoi pas d'un peu enfantin, et quoi de mieux que des légos pour retomber en enfance ?
.
La quatrième de couverture a fini de me convaincre : 
Plongée fatale dans le monde des geeks : Microserfs à l'ère Google ! Enfermés dans jPod, un studio de jeux vidéo à Vancouver, Ethan et six codeurs sont torturés par le service marketing et les défis idiots qu'il leur inflige.
Un univers amoral et échevelé où la culture de marijuana, le trafic de clandestins, la danse de salon et l'essor de la Chine font et défont le quotidien dysfonctionnel d'Ethan. Jeux de mots et bizarreries visuelles : DouglasCoupland, à son meilleur, décortique une vie et des personnages à la fois produits et créateurs de leur époque
.
Et je n'ai pas été déçue, ce livre m'a beaucoup fait rire.  
 
Le narrateur Ethan travaille dans l'entreprise Jpod (toute ressemblance avec une entreprise existante est purement volontaire).  Dans son bureau, cohabite une équipe aussi déjantée que lui,  ses collègues parlent fort, mangent des chips aux crevettes, se chahutent, dissertent à l'infini sur des questions existentielles comme le nombre de décimales du nombre PI. 
Les autres personnages dans son bureau sont John Doe, (qui a vécu en secte de deux à dix ans et  déteste sa mère, lesbienne), Cow boy, Mark le maléfique (pourquoi ce surnom ? ), Bree et Kaitlin complètent cette fine équipe  pour la partie féminine.
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On fait également connaissance avec le frère d’Ethan, sa mère (qui cultive de la marijuana), son père (un champion de danse de salon). 
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Ces personnages bossent (un peu ), parlent (beaucoup), se lancent des défis débiles mais hilarants (écrire une lettre d’amour à Ronald Mac Donald). Mais ce n’est pas que cela, au moment où on si attend le moins, le récit bascule dans l’absurde pur (des chinois descendent d’une camionnette, la mère pète les plombs....)
C’est aussi une réflexion sur le ton de l’humour sur la mondialisation (les enfants exploités dans les pays émergents…)
Enfin, l’auteur ne manque pas d’autodérision puisqu’il se fait intervenir dans le livre et pas dans un rôle très glorieux. 
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Trois extraits : 
P242- 243
Bree était à son bureau et a momentanément oublié de baisser le volume de ses haut-parleurs, et nous avons tous entendu quelques secondes de cette vieille chanson de Morrissey, Everyday is like Sunday. Kaitlin a démarré au quart de tour : 
- Ce morceau a le don de me mettre en rogne, dans la réalité le dimanche est le pire jour de la semaine. Personne ne répond au téléphone, ni ne s’habille correctement, ni ne fait rien de productif. Si je dirigeais le monde, ça serait tous les jours jeudi.
- Quoi ? 
- Regarde les choses sous cet angle : le lundi ça craint parce que tu es dégoûté de ne pas pouvoir faire la grasse matinée, et c’est aussi le jour où on lieu 60% des réunions méga-chiantes. Le mardi, ça craint parce que la semaine compte encore quatre journées de travail ; tu te détestes et tu détestes le monde parce que tu es coincé, esclave de ton salaire, dans la roue pour hamster qu’on appelle la vie. Le mercredi, c’est pas beaucoup mieux car tu prends conscience vers midi que la semaine de travail est à moitié terminée, mais le fait que tu envisages ainsi la vie signifie que tu ne vaux ni plus ni moins que la troisième case de cette vieille bédé pas drôle, Cathy, lorsque le personnage s’aperçoit qu’elle est une vieille fille grosse et esseulée et que ses cheveux se dressent sur la tête et qu’elle pousse un cri d’horreur. Le vendredi est une mauvaise journée parce que tu te sens comme un rat qui attend ces granulés, les granulés étant le week-end. Le samedi ça va, mais c’est tout juste. Et le dimanche, comme je l’ai déjà dit, ça ressemble au jour que le temps a oublié, où rien ne se passe et où, paradoxalement tu commences à souhaiter le retour du lundi. Alors donnez-moi une semaine de jeudis, quand vous voulez. Tout le monde est de bonne humeur, les gens font vraiment des trucs, et la perspective du samedi donne de la joie de vivre.
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P281
J’hésitais à frapper. Kaitlin a regardé par la fenêtre de devant. Sur les notes étouffées de Boogie Woogie Bugle Boy, Papa dansait avec une chaise, et Fam Fong avec un ski. 
A présent, c’était elle qui restait sans voix.
- Il objétisent, ais- je expliqué.
- Quoi ? 
- C’est une exercice de danse de salon. Tu dois danser avec un objet et lui insuffler de la vie. C’est compliqué à réaliser. Papa loue des dessins animés à Disney tout le temps pour voir comment les théières et les tapis volants s’expriment. 
Kaitlin réévaluait le mon potentiel de mon matériel génétique en vue des ses éventuels futurs enfants.
.
P397
John Doe parle ainsi :
- « Mon problème, c’est que mon père a touché le pactole à l’Irish Sweepstakes quand j’avais deux ans et qu’il a quitté ma mère, qui a réagi de façon excessive et est devenue une lesbienne radicale. C’est une légende familiale. Résultat, on m’a fait l’école à la maison et je n’ai appris l’existence des lettres majuscules qu’à l’age de dix ans.
- Qu’est ce que les lesbiennes ont contre les lettres majuscules ? 
- Ça implique une hiérarchie, que certaines lettres sont plus spéciales que d’autres.
- Ah. 
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C’est un livre totalement déjanté (que je recommande)
.
Ma participation au challenge de Phildes "lire sous la contrainte" où il fallait lire un titre avec un seul mot 
 challenge contrainte
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2 février 2013 6 02 /02 /février /2013 14:33

Voici mes réponses au tag d'Aymeline pour sa quinzaine de l'imaginaire

logo-quinzaine-imaginaire-arieste.png

1- Ton premier souvenir de littérature de l’imaginaire ?

Alice au pays des merveilles (fabuleux)

Les stroumphs (cultissime)

Tintin : "on a marché sur la lune" et "vol 714 pour Sidney"

Niourk de Stephen Wul (lu en sixième , j'avais adoré) : je ne raconte pas l'histoire mais la fin est surprenante

Bilbo le Hobbit (découvert vers 18 ans)

20 000 Lieux sous les mers de Jules Verne


2- Les 5 auteurs que tu préfères qui te viennent en premier en tête :

Silverberg pour les Chroniques de Majipoor

Ray Bradbury : les nouvelles en particulier une dont le titre m'échappe d'un voyage dans le passé à la chasse au dinosaure avec un papillon ......

Barjavel : Le voyageur imprudent (5 étoiles), Une rose au paradis (4 étoiles)

Erik Orsenna pour son "Archipel des mots"

Mince cela ne fait que 4 ;-) 

 

3- Ce que tu préfères dans la littérature de l’imaginaire (genres, scènes, univers…)
J’aime surtout la SF (et aussi les univers décalés comme Boris Vian : un peu inclassable)


4- Ce que tu aimes moins
Je n’aime pas trop les trolls, et j'ai peur des vampires 

 

5- Un ou deux livres à recommander ?
Je viens de lire 1984 (billet dans quelques jours ;-) : intéressant et glaçant 

Une découverte récente : Johan Héliot avec "la lune seule le sait" (pas de chronique par manque de temps mais un très bon livre ;-)

La série : Mars la rouge, Mars la verte, Mars la bleue de Stanley Robinson

Globalia De Jean Christophe Rufin  

6- Si vous pouviez visiter 5 lieux imaginaires, ce serait où ?

L'Atlantide sans hésitation, Majipoor ;-)

Pas d'autres idées, c'est pas grave ?

7- Et 5 lieux imaginaires où vous ne mettriez jamais les pieds ?

Le Londres d'ORWELL dans 1984 : brrrr ;-)


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1 février 2013 5 01 /02 /février /2013 00:00

plumedesmotsunehistoire3

Les liens vers les autres participants sont chez  Olivia  

cheval-brouette.jpg 

L'homme avance lentement penché sur sa brouette, lentement mais régulièrement. Tous les matins, depuis ce jour de 1879 , où son pied a roulé sur une pierre de forme étrange et où il s'est dit «Puisque la Nature veut faire la sculpture, moi je ferai la maçonnerie et l'architecture», il travaille.
Inépuisable, Ferdinand approvisionne son chantier en pierres de toutes sortes. Depuis qu'il est à la retraite, il a redoublé d'efforts et chaque jour il amasse, sculpte des pierres, monte des murs.  En toutes circonstances, par beau et mauvais temps, il effectue son travail de fourmi. Les gens ne se retournent même plus sur la route . Depuis un quart de siècle qu'il construit son château, la curiosité initiale a fait place à une certaine moquerie. "Le fou" dit-on dans ce coin proche d'Hauterives dans la Drôme mais lui laisse dire, les racontars des mauvaises langues ne le concerne pas.
Il croit à son oeuvre, à la place de la nature dans son art . D'ailleurs pour lui, ce n'est pas de l'art : juste son "palais idéal". Et puis que lui reste il dans la vie après ses deux veuvages et après avoir enterré ses enfants ? Madame Rosalie Cheval, l'a laissé seul après vingt ans de vie commune. 
Il lui reste des sculptures merveilleuses d'animaux qu'il n'a vu que dans les livres, et ainsi tous les jours, il expérimente,  imagine, rêve éveillé.

Pourquoi Mr Cheval, facteur, a t-il eu envie de créer ce palais? Ces tournées quotidiennes d'une trentaine de kilomètres  lui laissaient le temps de la rêverie ; il distribuait des revues pour la poste avec  de multiples dessins, certes mais une telle force de caractère, une telle persévérance dans l'effort, d'où cela peut il venir?
 palais_ideal_facteur_cheval.jpg

Le site officiel du facteur cheval est  ici link
d'autres très belles photos ici :link
et un article de Denis et Fabienne du blog "Bonheur de lire"  ici 
.
Les mots collectés par Olivia 
créer - palais - concerner - multiples - croire - pourquoi - tous - circonstance - expérimenter - madame
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31 janvier 2013 4 31 /01 /janvier /2013 20:43

 J'suis snob... J'suis snob
C'est vraiment l'seul défaut que j'gobe
Ça demande des mois d'turbin
C'est une vie de galérien
Mais lorsque je sors à son bras
Je suis fier du résultat
J'suis snob... Foutrement snob
Tous mes amis le sont
On est snobs et c'est bon

Chemises d'organdi, chaussures de zébu
Cravate d'Italie et méchant complet vermoulu
Un rubis au doigt... de pied, pas çui-là
Les ongles tout noirs et un tres joli p'tit mouchoir
J'vais au cinéma voir des films suédois
Et j'entre au bistro pour boire du whisky à gogo
J'ai pas mal au foie, personne fait plus ça
J'ai un ulcère, c'est moins banal et plus cher

J'suis snob... J'suis snob
J'm'appelle Patrick, mais on dit Bob
Je fais du ch'val tous les matins
Car j'ador' l'odeur du crottin
Je ne fréquente que des baronnes
Aux noms comme des trombones
J'suis snob... Excessivement snob
Et quand j'parle d'amour
C'est tout nu dans la cour

On se réunit avec les amis
Tous les vendredis, pour faire des snobisme-parties
Il y a du coca, on deteste ça
Et du camembert qu'on mange à la petite cuiller
Mon appartement est vraiment charmant
J'me chauffe au diamant, on n'peut rien rêver d'plus fumant
J'avais la télé, mais ça m'ennuyait
Je l'ai r'tournée... d'l'aut' côté c'est passionnant

J'suis snob... J'suis snob
J'suis ravagé par ce microbe
J'ai des accidents en Jaguar
Je passe le mois d'août au plumard
C'est dans les p'tits détails comme ça
Que l'on est snob ou pas
J'suis snob... Encor plus snob que tout à l'heure
Et quand je serai mort
J'veux un suaire de chez Dior!

Sur une idée de Chiffonnette

 

  

  JEUDI CITATION

 

 

 

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31 janvier 2013 4 31 /01 /janvier /2013 06:54

k.jpg

Sur une proposition d' Eeguab, nous sommes plusieurs à avoir eu envie de lire ce livre :  AsphodèleLaure  ,  Morgouille, Chronique littéraireNatiora  , Noctembule

 

Ce livre met en en scène 50 histoires (ou mini nouvelles). Difficile donc de parler de chacune.

Celle qui m’a le plus marqué est « Pauvre petit garçon ». J’avais déjà lu cette nouvelle dans le livre « Nouvelles à chute tome 1 », et c’est celle ci qui m’a donné envie de lire ce livre. Cette nouvelle a effectivement une chute splendide puisque la chute est le dernier mot (que je ne vous dévoilerai pas). 
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J’ai donc relu cette nouvelle avec un œil neuf   en regardant tous les indices que l’auteur a parsemés dans son texte pour arriver jusqu’à la fin, nette et sans bavure, magnifique.
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On ne pouvait pas dire non plus de cet enfant qu’il était beau, au contraire, il était plutôt pitoyable même maigrichon, souffreteux, blafard, presque vert, au point que ces camarades de jeu, pour se moquer de lui, l’appelaient Laitue. Mais d’habitude les enfants au teint pâle ont en compensation d’immenses yeux noirs qui illuminent leur visage exsangue et lui donnent une expression pathétique. Ce n’était pas le cas de Dolfi ; il avait de petits yeux insignifiants qui vous regardaient sans aucune personnalité. 
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Certaines nouvelles sont totalement ancrées dans le réel et sont des réflexions de l’écrivain-journaliste Dino Buzzati. 
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Par exemple dans « le magicien » 
Un dialogue s’instaure entre un écrivain fatigué et son ami. Une réflexion se dégage sur le fait d’être écrivain. J’ai beaucoup aimé cette nouvelle  dans la mesure où Schiassi (l’ami) sent le narrateur (l’écrivain) triste et démoralisé et qu’il arrive à lui redonner le moral, et ce  en disant l’inverse de ce qu’il pense : il dénigre son travail d’écrivain. En étant l’avocat du diable, il  lui fait comprendre la richesse et l’intérêt de son métier. 
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- Ecrivain. Ecrivain s’esclaffa –t il. Mais comment veux tu qu’il te prenne au sérieux ? A quoi sert un écrivain aujourd’hui ?... Et dis moi une autre chose, je te demande d’être sincère. Quand tu entres dans une librairie et que tu vois ….
- Et que je vois les murs entièrement tapissés jusqu’au plafond de toute sortes de livres, des milliers et des milliers, tous sortis au court des derniers mois….. - c’est ça que tu veux dire- et que je pense que je suis en train d’en écrire un autre moi aussi, les bras m’en tombent, comme si dans un immense marché, où il y a des montagnes de fruits et de légumes partout pendant des kilomètres et des kilomètres, un type arrive pour vendre une minuscule pomme de terre, c’est ça que tu veux dire ? 
- Exactement dit Schiassi, et il ajouta un petit rire pernicieux.
- Heureusement, osai-je, il y a encore des gens qui lisent, il y en a encore qui lisent nos livres. 
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D’autres nouvelles  sont « fantastiques » : La première nouvelle est la rencontre d’un marin et du K (sorte de requin qui parle) ; plus loin un homme est changé en chien par sa cruelle maîtresse; une femme se transforme en voiture par amour ; une autre nouvelle a pour cadre une terrifiante chasse aux « Vieux » ; un veston ensorcelé  procure richesse (une richesse très mal acquise qui provoquera la chute du narrateur) ; un ascenseur, déréglé, descend pendant des heures dans les entrailles de la terre  entraînant (en enfer ?) un jeune homme et une jeune femme. 
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« Le vent » est la troisième nouvelle qui m’a le plus marquée par sa progression dans le passionnel : un homme qui finit pas tuer sa maîtresse (infidèle ?) au lecteur de combler les trous ……..
Je ne comprenais plus qui j’étais, je ne m’en souvenais absolument plus. Le fleuve roulait en bas. Mais la voix de l’eau, ce murmure aimé était perdu dans le vrombissement de l’air, dans l…
Je me retins moi aussi au parapet pour ne pas être entraîné. J’attendais ses paroles, extraordinairement imp…Les pans de mon imperméable me fouettaient les jambes, on aurait dit des drapeaux furieux. Alors brus…Elle me regarda d’une étrange façon.
- « Où crois tu donc que nous som…
- Tu le sais très bien ce que je crois. »
Je la saisis par le bras et elle s…
« Aooo Aooo » je n’entendis rien d’autre. Et puis le voum voum d…
« Quoi ? Quoi ? » hurl…
Elle cria elle aussi, sur l…libre, heur…on aurait dit …me planter ce poignard justement ici, à l’…
Je la tenais. Elle ne résista pas. Son visage était vic….Saoudain elle eut une expression de petite fille, elle pâlit, deux grands yeux épouv…
Quelque chose en moi impossible de résister, commue une gig…pincettes de fer lib…
Elle gémit :
« Non, non pleura-t-elle. Ce n’est p… »
Elle gémit :
« Ce n’est pas vr… »
Elle g…
Ce fut tellement facile. Je n’y cr…son petit visage se renv …en arr …puis en … pendant une inf…de sec… cette adorable pâleur sur le fonds ténébreux de l’….Au milieu des raf….on entend…le p…le pl… plouf.
.
En conclusion : Un recueil très intéressant qui m’a autant intéressé par son côté réel que par les  histoires à l’imagination totalement débridée, et  autant sur le fonds que sur la forme. 

 


Ma quatrième participation au challenge de  Métaphore sur les Romans Cultes ;-) 

tour-quebec-septembre-frissons-octobre-plein--L-J BS1L

 

lc

 

lectures-ensemble-james-jebusa-shannon.jpg

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31 janvier 2013 4 31 /01 /janvier /2013 00:54

karamazov.jpgL'histoire en quelques mots : 

Les Frères Karamazov est le dernier roman de l'écrivain russe Fiodor Dostoïevski 
Il met en scène la vie tumultueuse de Fiodor Pavlovitch Karamazov jusqu’à son meurtre (et un peu au-delà). Fiodor a été  marié deux fois. Sa première femme le battait et l’a quitté, lui laissant un fils Dmitri en bas âge. Il a rendu folle sa deuxième épouse du fait de  mauvais traitements. C’est un homme vil, détestable qui ne s’est jamais occupé d’aucun de ses trois fils légitimes (Dmitri, Ivan, Alexeï) et encore moins de son fils  illégitime Smerdiakov (qu’il a eu avec une femme simple d’esprit qui meurt en couches). Ses fils élevés, par d’autres que lui, reviennent, adultes, dans leur ville natale. Sans surprise, cet homme horrible est assassiné (vers la moitié du livre) et la seconde moitié consiste à suivre l’enquête et le procès du présumé coupable.
Les personnages principaux :
Dmitri, le fils aîné (nommé aussi Mitia), 28 ans, est un ancien officier. Il déteste son père qui l’a selon lui spolié de l’héritage de sa mère. Il tombe amoureux de Grouchenka, une jeune femme aux mœurs prétendument légères. Celle-ci a été « perdue de réputation » pour avoir été séduite par un officier polonais qui l’a ensuite abandonnée. Pour Grouchenka, Dmitri est prêt à tout, il passe son temps en imprécations contre son père qu‘il rosse et menace de tuer à qui veut bien l’entendre. Inévitablement, quand son père est retrouvé mort, il devient le suspect idéal.D’autant plus que n’ayant plus un sou vaillant le jour de la mort de celui-ci, il se retrouve à faire une fête (très alcoolisée) avec Grouchenka et ses amis, en possession de plusieurs milliers de roubles en poche. Par jeu, Grouchenka séduit à la fois le père, Fiodor, et le fils Dimitri. Profitant de leur rivalité, elle se moque des deux hommes, elle les tourne en ridicule, se venge également de Katerina, la fiancée de Dimitri. Katerina s’est fiancée à Dimitri par reconnaissance, car celui-ci a un jour payé une grosse dette de son père. Extrêmement fière, Katia se veut loyale envers Dmitri mais aime secrètement Ivan. 
Ivan  est le second fils  de Fiodor. Il est ouvertement athée. A l’inverse de son frère Dmitri qui est  très expansif, Ivan déteste lui aussi son père mais sans l’exprimer ouvertement. Il souhaite lui aussi sa mort mais ne peut se l’avouer. Sa haine envers son père après son assassinat le ronge et il finit par se persuader qu’il a provoqué la mort de son père par son attitude envers  Smerdiakov (le fils illégitime). Ivan peu à peu perd la raison.
Alexeï (nommé aussi Aliocha ou Alexis), 20 ans, est le plus jeune des frères Karamazov. C’est de loin, le personnage le plus sympathique. Au début de l’action, Alexeï est novice au monastère local, sous l’oeil du père Zosime. A la mort de ce dernier, Alexeï abandonne l’église et se trouve impliqué dans les différends entre son père et Dmitri. C’est un jeune homme apprécié de tous, ouvert, généreux 
"Ce don d'éveiller la sympathie était par conséquent chez lui naturel, spontané, sans artifice." (p54)
Et aussi « Aussitôt qu'il se fut convaincu, après de sérieuses réflexions, que Dieu et l'immortalité existent, il se dit naturellement : "Je veux vivre pour l'immortalité, je n'admets pas de compromis". Pareillement, s'il avait conclu qu'il n'y a ni Dieu n immortalité, il serait devenu tout de suite athée et socialiste (car le socialisme ce n'est pas seulement la condition ouvrière ou celle du quatrième état, mais c'est surtout la question de l'athéisme, de son incarnation contemporaine, la question de la tour de Babel, qui se construit sans Dieu, non pour atteindre les cieux de la terre mais pour abaisser les cieux jusqu'à la terre). p 61
 
Smerdiakov, fils illégitime de Fiodor Pavlovitch,  est le domestique et le cuisinier de Fiodor Pavlovitch. Renfermé et épileptique, Smerdiakov est distant avec la plupart des personnes, mais admire  Ivan, discutant avec lui d'athéïsme et de socialisme.
De nombreux personnages secondaires viennent renforcer l’intérêt de ce drame que l’on sent arriver. Le père Zosime, starets du monastère, est le père spirituel d'Aliocha. Il est vénéré  par les habitants de la ville, parle avec sagesse et bienveillance : "Mes pères, je me demande : qu'est ce que l'enfer? " . je le définis ainsi : "la souffrance de ne plus pouvoir aimer" p437

Mes impressions : 
Ce livre m’a énormément intéressée. Tour à tour , on prend connaissance des motivations profondes des personnages, de leurs faiblesses, de leur réflexions, de leurs espoirs aussi.
Plusieurs digressions dans le récit apporte de la profondeur aux personnages (la vie du Tsaret Zozime, la vie du petit garçon Illioucha menacé par Dmitri et aidé par Aliocha)
Je suis passée à côté de plusieurs chapitres notamment « le grand inquisiteur » et la vie du Tsaret Zosime. Le roman met également en scène l'opposition entre des personnages athées (Fiodor, Ivan et Smerdiakov) et ceux qui sont croyants (Aliocha, Katia, Zosime et les moines). 

 

Pour finir, deux  extraits qui m'ont marquée  : 
Les pensées de Mitia quand il regarde son père par la fenêtre :
Fiodor Pavlovitch risquait de tomber en regardant vers la porte qui menait au jardin; il scrutait les ténèbres ; il allait certainement s'empresser d'ouvrir la porte, sans attendre la réponse de Grouchegnka. Mitia ne broncha point. La lumière éclairait nettement le profil détesté du vieillard, avec sa pomme d'Adam, son nez recourbé, ses lèvres souriant dans une attente voluptueuse. Une colère furieuse bouillonna soudain dans le coeur de Mitia. " Le voilà , mon rival, le bourreau de ma vie! " C'était un accès irrésistible, l'emportement dont il avait parlé à Aliocha, lors de leur conversation dans le pavillon, en réponse à la question : "Comment peux tu dire que tu tueras ton père? "
"Je ne sais pas, avait dit Mitia, peut être le tuerai-je, peut être ne le tuerais-je pas. Je crains de ne pouvoir supporter son visage à ce moment là. Je hais sa pomme d'Adam, son nez, ses yeux, son sourire impudent.. Il me dégoûte. Voilà ce qui m'effraie ; je ne pourrais pas me contenir...."
Le dégoût devenait intolérable. Mitia hors de lui sortit de sa poche le pilon de cuivre.
 
  
Le père parlant d'Ivan à Aliocha (p253) après avoir été battu par Dmitri la veille
"Pourquoi ne me parle t il pas ? Et quand il parle, il fait le malin: c'est un misérable ton Ivan ! j'épouserai tout de suite Grouchegnka, si je veux; car avec de l'argent , il suffit de vouloir Alexéi Fiodorovitch, on a tout. C'est ce dont Ivan a peur, il me surveille et pour empêcher mon mariage, il pousse Mitia à me devancer ; de la sorte, il entend me préserver de Grouchegnka (dans l'espoir d'hériter si je ne l'épouse pas!); d'autre part si Mitia se marie avec elle, Ivan lui souffle sa riche fiancée, voilà son calcul! C'est un misérable ton Ivan.

 

 Il s'agit d'une lecture commune partagée avec Denis  Heide et Nathalie

 lc-sapristi-mais-tu-nas-jamais-lu-ce-livre.jpg

 

 


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26 janvier 2013 6 26 /01 /janvier /2013 19:21

Ce nouveau challenge se passe chez Laure. Il a pour titre "Challenge à tous prix" 

Et le but est de lire et de chroniquer des livres qui ont reçu un prix 

Elle explique tout cela très bien ici 

Le logo est d'Asphodèle 

logo-challenge-c3a0-tous-prix--1-.jpg

 

Et cela tombe bien car mes prochaines lectures ont eu un prix ;-)

Une Lecture Commune :  "Purge" de Sofia Oksanen en février avec Douceur littéraire (inscriptions ici) Le billet est prévu pour le 25 février

purge.jpgPrésentation de l'éditeur : En 1992, l’union soviétique s’effondre et la population estonienne fête le départ des Russes. Mais la vieille Aliide, elle, redoute les pillages et vit terrée dans sa maison, au fin fond des campagnes. Ainsi, lorsqu’elle trouve Zara dans son jardin, une jeune femme qui semble en grande détresse, elle hésite à lui ouvrir sa porte. Ces deux femmes vont faire connaissance, et un lourd secret de famille va se révéler, en lien avec le passé de l’occupation soviétique et l’amour qu’Aliide a ressenti pour Hans, un résistant. La vieille dame va alors décider de protéger Zara jusqu’au bout, quel qu’en soit le prix. Sofi Oksanen s’empare de l’Histoire pour bâtir une tragédie familiale envoûtante. Haletant comme un film d’Hitchcock, son roman pose plusieurs questions passionnantes : peut-on vivre dans un pays occupé sans se compromettre ? Quel jugement peut-on porter sur ces trahisons ou actes de collaboration une fois disparu le poids de la contrainte ? Des questions qui ne peuvent que résonner fortement dans la tête des lecteurs français.
PRIX DU ROMAN ET PRIX FEMINA FNAC 2010

 

Une Lecture Commune en mars avec Enna  (inscriptions ici); Le billet est prévu pour le 20 mars

BALLADE-LILA-K.jpgla Ballade de Lila K - Blandine Le Callet 

Présentation de l'éditeur : La ballade de Lila K, c’est d’abord une voix : celle d’une jeune femme sensible et caustique, fragile et volontaire, qui raconte son histoire depuis le jour où des hommes en noir l’ont brutalement arrachée à sa mère, et conduite dans un Centre, mi-pensionnat mi-prison, où on l’a prise en charge.
Surdouée, asociale, polytraumatisée, Lila a tout oublié de sa vie antérieure. Elle n’a qu’une obsession : retrouver sa mère, et sa mémoire perdue. Commence alors pour elle un chaotique apprentissage, au sein d’un univers étrangement décalé, où la sécurité semble désormais totalement assurée, mais où les livres n’ont plus droit de cité.


Roman d’initiation où le suspense se mêle à une troublante histoire d’amour, La ballade de Lila K est aussi un livre qui s’interroge sur les évolutions et possibles dérives de notre société.

 

Je participerai aussi au mois Kessel chez Denis en avril (pas de date fixe) : Les inscriptions sont  ici

Je compte lire La passante du sans souci (mais je changerai peut être d'avis d'ici là)

passante sans souci

Résumé éditeur : Montmartre au petit jour. Chaque matin, l'auteur, attablé au Sans-Souci, voit passer une femme dans la rue. Elsa Wiener, il l'apprendra bientôt, a fui l'Allemagne. Son mari Michel y est resté, enfermé dans un camp. Elle chante dans les boîtes de nuit. Elle vit seule avec un enfant juif, Max, que les nazis ont rendu infirme.

On suit avec fascination la lente chute d'Elsa, sa déchéance, au nom d'un amour qui n'existe peut-être pas.
Avec le portrait de cette passante des aubes transies de Pigalle, Kessel semble dire adieu au Paris des années folles. Ce livre, publié en 1936, parlait pour la première fois sans doute des camps de concentration hitlériens.

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25 janvier 2013 5 25 /01 /janvier /2013 00:00

plumedesmotsunehistoire3

Les liens vers les autres participants sont chez  Olivia  

 

Ce jeudi matin, je me réveillai un peu tard, parce que j'avais bossé tard la veille sur mon prochain conte "Le mythe du serpent à plume". J'avais une pression énorme, car Pierrot Bâton m'avait dit appeler le SAMU si il n'y avait pas un personnage magique dans mon prochain texte chez Olivia.  Enfin, j'avais bouclé mon histoire tard dans la nuit. Je descendis tranquillement dans la cuisine. Les enfants, ces chers anges respectant mon sommeil,  avaient tout préparé : grille pain, flocons d'avoine, café et confiture. Mon mari finissait son deuxième thé avant de partir bosser. Ma fille faisait la tête, mais bon depuis qu'on essayait de lui faire prendre latin en cinquième l'an prochain, elle bougonnait toute la journée. Mon fils avait fait une jolie piscine de lait autour de son bol , comme tous les matins. Tout était donc parfaitement normal, la routine. 
Quand soudain, la voix de mon fils s'éleva : " M'man, j'ai plus faim alors que son bol était au trois quart plein" (le quart restant était la piscine autour du bol pour ceux qui n'ont pas suivi)
En moi même, je me suis dit aussitôt "il doit être malade, cela ne lui arrive jamais de caler sur le petit déj" mais les mots qui sortirent de ma bouche furent tout autres. Je m'entendis prononcer « Il faut manger pour vivre et non pas vivre pour manger. " . A ce moment, trois paires d'yeux me regardèrent d'une façon étrange.
- Tu parles d'une drôle de façon, M'man ! m'a dit la grande, phrase sur laquelle j'étais entièrement d'accord.
Mais l'heure tournait et il fallait partir, qui au boulot, qui à l'école ou au collège. 
Les sacs furent rassemblés, les chaussures mises, les manteaux enfilés. Mon fils soudain éternua. En moi même, je pensai "vite un mouchoir" , mais les mots qui sortirent de ma bouche furent tout autres. Je m'entendis prononcer « Qui se sent morveux se mouche.  » 
Mon mari , me regarda d'un air furtif, inquiet, (le même air que celui qu'il avait eu lorsque  j'avais fini sa boîte de smarties, qui au passage était un remède pour je ne sais plus quelle maladie, car il faut que je vous dise, qu'en plus de souffrir d'hippotension il est aussi hippocondriaque)
Il a alors pris les choses en main. "Les enfants, je vous dépose et ensuite j'emmène votre mère chez le médecin, y'a un problème". Je faillis répondre "je me sens très bien" mais à la place je bafouillai  : "Si fait, mon frère. Les médecins savent la plupart de fort belles humanités, savent parler en beau latin, savent nommer en grec toutes les maladies, les définir et les diviser ; mais, pour ce qui est de les guérir, c'est ce qu'ils ne savent point du tout.". Effrayée, je me suis tue pour ne pas aggraver mon cas.      
Une fois les enfants déposés, nous allâmes ensemble chez un charmant praticien barbu, qui m'accueillit d'un air grave et implacable. Malgré son air intimidant, j'avais confiance en lui car il avait su soigner mon stylo (le même qui avait fait il y a quelques mois une grave dépression mais ceci est une autre histoire.)
Il m'accueillit gentiment, me fit m'allonger et me dit doucement :      
- Valentyne, je vous donne le bonjour. Quoi de neuf ?
En moi même , je pensai : "ouh la la , c'est sûr il va m'en recoller pour au moins trois séances, cela va encore me coûter un bras, que dis je une jambe" mais les mots qui sortirent de ma bouche furent tout autres. Je m'entendis prononcer, d'une voix aigre,   « ‘Donner est un mot pour qui il a tant d'aversion, qu'il ne dit jamais : ‘Je vous donne’ mais ‘Je vous prête le bon jour’.  » 
Il opina, d'un air connaisseur. Il m'interrogea alors en ces termes : qu'avez vous fait hier soir, Valentyne ? 
Je respirai profondément, essayant de lui cacher que j'avais passé une partie de la soirée sur le site des Impromptus Littéraires (il m'a formellement défendu d'y passer trop de temps). De guerre lasse, j'allais donc lui parler de mon conte "Le mythe du serpent à plume", mais les mots qui s'échappèrent de  ma bouche furent tout autres. 
« Les langues ont toujours du venin à répandre.  » 
 Il me regarda alors d'un air entendu et sourit à mon mari, qui était resté pour me soutenir. 
"Je vois tout à fait ce que c'est, j'en ai vu au moins une dizaine débarquer  cette semaine : des alexandrinites, des aquoibonites, une ralebolite aussi, des malades imaginaires tous plus malades les uns que les autres. C'est la faute aux Impromptus Littéraires. Valentyne, m'a t il dit, sérieux comme s'il allait prononcer mon oraison funèbre, vous êtes atteinte d'une maladie rare, Molière a pris possession de votre aire de Broca , enfin pour faire court, c'est une maladie mutante qui peut prendre l'aspect d'une Emilzolatite, d'un Flaubertase. Vous êtes atteinte d'une  Moliérose aigüe  
- Alors j'ai poussé un grand soupir de soulagement en réussissant au prix d'un effort considérable à lâcher un "ouf, si c'est aigu c'est pas grave"
        .
Les mots collectés par Olivia
piscine - implacable - serpent - réveiller - débarquer - jambe - aigre - échapper - guerre - furtif - oraison - s'élever - mythe
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J'espère que Molière me pardonnera les emprunts suivants 
« Il faut manger pour vivre et non pas vivre pour manger.  » L'avare
« ‘Donner est un mot pour qui il a tant d'aversion, qu'il ne dit jamais : ‘Je vous donne’ mais ‘Je vous prête le bon jour’.  » L'avare
« Qui se sent morveux se mouche.  » L'avare
« Les langues ont toujours du venin à répandre.  » Tartuffe
"Si fait, mon frère. Ils savent la plupart de fort belles humanités, savent parler en beau latin, savent nommer en grec toutes les maladies, les définir et les diviser ; mais, pour ce qui est de les guérir, c'est ce qu'ils ne savent point du tout."Le malade imaginaire
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La consigne des Impromptus littéraires 

Que d'excès en ce début d'année ! À force de flirter avec les extrêmes, de carence en abus, voilà que vous êtes tombés malades. Mais quelle est cette maladie, inconnue jusqu'ici de la faculté de médecine ? Bénigne, redoutable ? En tout cas, non répertoriée ! Dignes adeptes de la langue de Molière, nous comptons sur les spécialistes que vous êtes pour nous décrire par le menu les symptômes, causes, conséquences, remèdes de cette maladie imaginaire...
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24 janvier 2013 4 24 /01 /janvier /2013 06:07

 

"Papa, me demanda-t-il, les riches sont les plus forts en ce monde ? - Oui, Ilioucha, il n'y a pas plus puissant que le riche. - Papa, dit-il, je deviendrai riche, je deviendrai officier et je battrai tous les ennemis, le tsar me récompensera, je reviendrai auprès de toi, et alors personne n'osera...." . Après un silence, il reprit, les lèvres tremblantes, comme auparavant : " Papa, quelle vilaine ville que la nôtre. - Oui, Illioucha, c'est une vilaine ville. - Papa, allons nous établir dans une autre ville, où l'on ne nous connaît pas. - Je veux bien, Ilioucha, allons-y ; seulement il faut amasser de l'argent. " Je me réjouissais de pouvoir ainsi le distraire de ses sombres pensées ; nous nous mîmes à faire des projets sur l'installation dans une autre ville, l'achat d'un cheval et d'une charrette. " Ta maman et tes soeurs monteront dedans, nous les couvrirons bien, nous-même nous marcherons à côté, tu monteras de temps en temps, tandis que j'irai à pied, car il faut ménager le cheval ; c'est ainsi que nous voyagerons" . Il fut enchanté, surtout d'avoir un cheval qui le conduirait. Comme vous le savez , un petit garçon russe ne voit rien de plus beau qu'un cheval. Nous bavardâmes longtemps. "Dieu soit loué pensais-je, je l'ai distrait et consolé.

Les frères Karamazov - F Dostoïevski

 

Sur une idée de Chiffonnette

 

  

  JEUDI CITATION

 

 

 

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