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31 mai 2013 5 31 /05 /mai /2013 05:44
ORMESSON AMOUR DIEU
Lecture commune avec Eeguab
Jean d'Ormesson choisit dans ce livre de raconter l'histoire d'une famille (dont on ne saura pas le nom) de 1900 environ à 1970 (1975 est la date de parution de ce livre). Sans être l'histoire de sa propre famille, il semblerait que celle-ci l'ait largement inspiré. Au travers de la vie de cette famille noble, il nous fait découvrir les changements de la société qui vont s'opérer à travers ce siècle (de la naissance du narrateur)  en passant par deux guerres mondiales, une crise non moins mondiale et un après-guerre turbulent. L'histoire s'accélère et la famille se disperse.... 
Le parti pris n'est pas de raconter sa vie ; le narrateur est un simple spectateur, ne parle pas de ses sentiments, n'a pas de réelle chair .....un témoin plutôt. Il se pose en  rapporteur d'un climat, d'une évolution dans la vie de cette famille et par là même de la société. (je n'ai pas lu ce livre avec la couverture que je met en début de l'article mais je la trouve adaptée : une personne observe (contemple ?) l'évolution de ses contemporains.
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Le fil conducteur reste le grand père du narrateur, patriarche d'une nombreuse famille. Lui aussi évolue tout au long du livre : d'abord farouchement royaliste et anti républicain, il finit par devenir patriote et défend les valeurs républicaines.
Après un bref rappel de l'origine de la famille, qui remonte aux croisades, le narrateur commence par  l'entrée de cette famille dans le monde que l'on appelle moderne : l'oncle Paul épouse la belle Gabrielle et ses millions. Les quatre fils de Paul et Gabrielle (le narrateur est leur cousin) évoluent, se marient, ont des enfants, prennent position dans un siècle qui traverse de nombreuses crises. 
"Les miens n'avaient aucun orgueil à titre d'individus. Ils le réservaient tout entier à l'ensemble de la famille. Peut être une partie de ce que je vais vous raconter pourra-t-elle s'expliquer par ce rôle assez mince que jouaient les individus dans notre vie collective. Aucun d'entre nous ne comptait par lui même. Ce qui comptait c'était cette lignée qui avait débuté un jour, presque en même temps que l'histoire, et qui se poursuivait à travers le monde, sous tant de forme différentes, sous tant d'uniformes opposés, dans tant de pays divers, et toujours simultanément, par un mystère adorable à tant d'époques si éloignées". (p 22)
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Jean d'Ormesson revient plusieurs fois sur la devise de la famille "Au plaisir de Dieu" 
"Le sens de la famille,l'amour de Dieu, un certain abandon à la force des choses n'avait pas développé chez nous la croyance au libre arbitre et à la responsabilité. Le responsable c'était Dieu. La décision lui appartenait. Et la liberté : une faribole. Chacun était mené par son passé, par ses souvenirs, par la présence absente des morts, par tout le poids de la tradition". p 65  
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Le père du narrateur meurt au front pendant la première guerre mondiale et celui ci est élevé dans le château familial avec ses trois cousins. Vers ses quinze ans, un précepteur Mr Comte est engagé pour l'éducation des quatre cousins. Il va leur ouvrir les yeux sur le monde extérieur, forger leur caractère et leur faire découvrir la littérature. "Nous portions un monde en nous, mais nous ne le savions pas. L'instrument de cet découverte dont je peux bien dire qu'elle bouleversa nos vie, ce furent les livres. M Comte ne fit peut être qu'un chose mais elle fut décisive: il nous appris à lire." p 124.  
 
En 1925 (date réelle de la naissance de J D'Ormesson, le narrateur a alors une vingtaine d'années et s'exprime ainsi :  
"Chaque membre de la famille parait mener désormais sa propre existence. Nous n'en sommes pas encore aux déchaînements d'individualisme qui marqueront notre deuxième après-guerre. Mais à l'intérieur même du groupe, les modes de vie commencent déjà à se différencier. Il n'y a plus cette collectivité, cet organisme, cette totalité qui s'appelait la famille. IL y a Un Tel,  et puis Un Tel et puis encore Un Tel. Ils portent le même nom , voilà tout. Au plaisir de Dieu. La devise de la famille, elle aussi change lentement de sens. Une vague nuance d'insolence et de fatalité l'emporte insensiblement sur la notion de triomphe au sein  de la soumission." p212
De nombreux évènements sont évoqués, l'art , l'économie. Les réflexions sur la place de l'argent dans cette famille reviennent assez souvent :  
"Nous voilà ruinés. Ce n'était rien. D'abord naturellement, parce que l'argent ne comptait pas. Et aussi parce que la ruine, comme souvent dans les familles bourgeoises, nous laissait de beaux restes, de quoi tenir notre rang et vivre très largement." p 222
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En filigrane, on suit cette famille à Paris mais surtout  à Plessis-les-Vaudreuil,  qui sera vendue, faute d'argent pour entretenir cette propriété, cette vente sera le symbole de l'éclatement de la famille et du triomphe de l'individualisme. 
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En conclusion : un livre intéressant qui traverse un siècle d'événements nombreux et la fin d'un monde (pas uniquement pour cette famille). La partie qui m'a le plus intéressée est celle entre 1930 et 1945 où on voit comment les quatre garçons élevés ensemble évoluent très différemment et prennent des chemins totalement séparés : certains soutiennent le maréchal Pétain et d'autres s'engagent dans la résistance. J'ai également aimé l'humour et le recul de l'auteur sur la baisse d'influence de Dieu dans le destin familial. Une annexe à la fin du livre  présente les différents et nombreux personnages par ordre alphabétique et à l'entrée "Dieu", on peut y lire (je cite de mémoire car j'ai rendu le livre à la bibliothèque) "Dieu , vieil ami de la famille, l'a un peu laissée tomber vers la fin".
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29 mai 2013 3 29 /05 /mai /2013 17:10

Au pays du sucre (tome 1 et 2) - Auteur Emmanuel Pons, Illustrateur Aziz Thiam

 

Il existe en Normandie, une boulangerie dénommée "le pays du sucre". Bérangère la boulangère y règne entourée de Barnabé le boulanger et de leur fils de 12 ans, Quentin. 

Un jour, Edmond le calisson décide de se sauver de sa boîte où il vivait tranquillement avec ses frères. Dans chaque chapitre , un personnage est mis à l'honneur, c'est en général un bonbon ou une friandise qui souhaite découvrir la liberté et qui y parvient presque toujours en faisant preuve d'ingéniosité (le but de l'évasion est aussi ne pas être mangé par un enfant ou un gourmand)

J'ai lu ces deux premiers tomes de cette saga en compagnie de mon fils de 6 ans. Chaque livre est découpé en 5 histoires chacun ( ce qui m'a semblé être un très bon découpage pour la lecture du soir, ni trop long ni trop court)

Mon fils a beaucoup apprécié les histoires de ces petits héros (en particulier les noms qui riment comme Edith la frite, Cyrille le crocodile, Prosper l'éclair), il a aussi aimé les clins d'oeil faits aux super héros qu'il adore (il faut voir l'évasion de Hugo le Berlingot qui se prend pour Superman)

2013-05-22-16.57.40.jpg


Au niveau des clins d'oeil à d'autres histoires, j'ai aimé l'image d'Edith la frite en allusion à Blanche Neige. 

2013-05-22-17.06.02.jpg

Pour ma part, j'ai beaucoup apprécié les messages qui ressortent de ces petites histoires : Je citerai juste un message de tolérance pour l'histoire de Ferdinand le croissant et sa bienveillance envers les personnes âgées . L'histoire de Edith la Frite qui renonce à sa beauté pour la liberté est également intéressante, Tito le Tchatmallow ne se laisse pas abattre et persévère jusqu'à libérer ses amies les guimauves.  

Bérangère la boulangère est le personnage antipathique de l'histoire (il en faut bien un pour trembler un petit peu) et nos petits amis s'ingénient à la faire tourner en bourrique. Son mari est plutôt effacé et les petits lecteurs font  bien connaissance avec Quentin à la fin du deuxième tome (celui ci se révèle être un ami)

Un tome 3 est en préparation (mon fils m'a dit : dis? quand-est-ce que tu le commandes ;-))

 

En conclusion: un très bon moment de lecture en compagnie de  mon fiston avec ces deux tomes, et cerise sur le gâteau, le texte est écrit suffisamment gros pour qu'il se replonge dedans tout seul (il est au CP et commence à bien lire)

 PAYS DU SUCRE 1

pays sucre 2

Ces deux tomes m'ont été envoyé par Itak Edition dans le cadre de Masse Critique de Babelio . Merci à eux pour l'envoi des livres ainsi que des deux magnets ;-)

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26 mai 2013 7 26 /05 /mai /2013 16:50

 

partir.jpgAzel, un jeune marocain de 25 ans, ne rêve que d'une chose : partir, quitter son Maroc natal pour vivre en Europe. Avec ce départ, il espère. Il espère une vie meilleure, un travail car malgré ses diplômes en droit, il est au chômage (comme un grand nombre de marocains de son âge). Il en a assez également du manque de liberté et de la corruption de la police (une scène très dure au début du livre). L'action se passe dans les années 1990, un peu avant la mort d'Hassan II. 
Pour partir du Maroc, il y a plusieurs solutions, payer (très cher un passeur, peut être un escroc), ou alors trouver quelqu'un qui propose un travail en Europe. 
Ce livre retrace le parcours d'Azel, mais aussi celui de Kenza , sa soeur, celui de Siham, l'amie d'Azel qui veut devenir infirmière ou garde-malade. 
Sur fond de chômage, de désenchantements, d'espoirs, de rencontres, le lecteur suit le difficile périple d'Azel qui parviendra à atteindre son but mais à quel prix!  sans dévoiler la fin ni les moyens il finit par y perdre sa dignité (et presque sa raison).
Ce livre est découpé en chapitres qui porte le prénom du narrateur : Azel mais aussi Kenza, Siham, Miguel qui aidera le frère et la soeur. J'ai beaucoup aimé l'alternance des points de vues (pour tout dire s'il n'y avait eu que le point de vue d'Azel, ce livre me semblerait bien déprimant) mais les personnages féminins m'ont semblé à la fois crédibles et ne se laissant pas abattre.  
Un livre triste sur une jeunesse qui perd l'espoir en son pays et qui ne veut qu'une seule chose : le quitter. La seule autre alternative semblant le refuge vers l'intégrisme. 
En conclusion : Un livre assez triste mais très intéressant.
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Deux extraits : 
J'ai déjà tenté de brûler les quatorze kilomètres qui nous sépare de l'Europe, mais j'ai été escroqué, et j'ai eu plus de chance que mon cousin Nourreddine qui s'est noyé à quelques mètres d'Almeria, vous vous rendez compte? p36 
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Une conversation entre Azel, Siham et Miguel 
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Ce fut Siham qui eut le courage de poser la question : 
- Pouvez vous nous aider à obtenir un visa ? 
 Azel fut contrarié par la sècheresse de la demande. Il s'excusa auprès de Miguel puis ajouta :
- Vous savez , aujourd'hui de plus en plus de jeunes ne rêvent que d'une chose : partir, quitter ce pays.
- C'est triste, répondit Miguel, je sais, vous n'êtes pas les premiers à me demander de l'aide. Quand un pays en arrive à ce que sa crème veuille le quitter, c'est bien triste. Je ne porte pas de jugement sur tout cela mais j'avoue que, d'un côté, je vous comprends, de l'autre, je suis embarrassé. A votre âge, moi aussi j'ai eu ce rêve. Même si les deux situations ne sont pas comparables. L'Espagne était invivable. Franco ne voulait pas mourir et son système religieux et militaire sévissait partout. Or, j'ai eu la chance fantastique de quitter Barcelone pour New-York, j'avais réussi un concours des Beaux-Arts. Cela m'a sauvé. J'avais l'impression de passer de l'obscurité à l'énergie et à la lumière. Je n'en pouvais plus de la vie étriquée, hypocrite, où tout sentait l'humidité et la mauvaise poussière, celle qu'on ne voit pas et qui colle aux choses, aux vêtements, aux cheveux et surtout à l'âme. p51
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Une participation au challenge Littérature Francophone de Denis

 LittFrancophone

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Une participation au Challenge de Philippe "lire sous la contrainte" où la contrainte était de lire un livre dont le titre comporte un verbe à l'infinitif 

 challenge contrainte

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Mon tour du monde pour le Maroc chez Helran

tour monde 8 ANS


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22 mai 2013 3 22 /05 /mai /2013 05:11

kyoko.jpgKyoko est une jeune femme d'une vingtaine d'année. Orpheline à 4 ans, elle a grandi au Japon, élevée par son oncle et sa tante. A huit ans elle rencontre José Cortès, un GI américain qui lui apprend à danser en particulier le Mambo. Cet épisode de sa vie, à huit ans, ne dure que 6 mois mais la marque profondément. Jeune adulte, elle se rend compte que ce GI d'origine cubaine lui a sauvé la vie en lui insufflant sa passion, la danse. Elle décide donc de partir aux Etats Unis pour retrouver Cortès et le remercier. Aux Etats Unis elle va aller de rdécouverte en découverte. Ralph Biggs est la première personne qu'elle rencontre à New York. Ce noir américain est conducteur de limousine et accepte de l'accompagner dans ses recherches de Cortès. 

Chaque chapitre alterne les narrateurs, d'abord Kyoko puis Ralph Briggs, le conducteur de la limousine, puis l'oncle de Cortès, à nouveau Ralph Briggs, Kyoko, José Cortès lui même, Jessica Silberman, puis à nouveau Kyoko et José. Celui ci est malade, en phase terminale du Sida et Kyoko accède à sa demande de l'emmener en Floride pour mourir parmi les siens. Commence alors pour Kyoko et José un périple dangereux et passionnant. 
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J'ai adoré ce livre : très poétique , très dansant, pas mièvre du tout, et même franchement drôle dans certaines situations. La jeune fille Kyoko a une volonté inébranlable, José Cortès est émouvant, digne dans sa douleur, même s'il perd toute notion avec la réalité.
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Ralph Briggs rapporte les paroles de Kyoko qui parle ainsi de son enfance et de José : 
P36    "C'était un accident de la route, j'ai été élevée par mon oncle et ma tante., ils n'avaient pas d'enfants, ils étaient très gentils avec moi, je n'ai jamais manqué de rien, je pensais que j'étais seule, José il n'a dansé que cinq mois avec moi, alors il m'a peut être oubliée, mais il m'a aidée, il m'a sauvée , ça peut paraître exagéré parce qu'il ne m'a appris qu'à danser, mais c'est vrai, non, puisqu'il m'a appris ce qu'il y a de plus important dans la vie. Il m'a sauvée parce qu'il m'a appris quelque chose d'essentiel qui permet de continuer à vivre quoi qu'il arrive, c'est pour ça que j'ai toujours pensé  à le revoir, quand j'y pense je ne lui ai pas encore dit merci. Elle parlait dans un anglais maladroit, se trompant dans les formes du passé, mais elle était facile à comprendre parce qu'elle s'exprimait fermement, avec une étrange absence de timidité."
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Pablo Cortès, l'oncle de José, commence par refuser de dire où est José et essaie de gagner du temps :
"Le commerce avec Cuba est interdit dans ce pays. Ce qui est déterminant dans la préparation d'un bon cocktail, c'est l'espace entre l'alcool et la glace. Du point de vue de la physique, c'est impossible de laisser un espace. Ce qu'il faut pour agiter le mélange et faire que l'alcool et la glace se séparent, c'est une sorte de méchanceté. Si on a l'esprit mou et aqueux, on ne peut faire que des cocktails aqueux. Le truc pour fabriquer un daiquiri sharp, c'est de concentrer toute sa cruauté, une cruauté née du désespoir. C'est pour cela que les meilleurs barmen sont essentiellement des gangsters et des réfugiés. " p52
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Enfin un dernier extrait, un dialogue entre Kyoko et José (rapporté par José)
- Même si je te touche, ça ne te donnera pas le sida, tu sais. 
- Je sais ça.
- Hm, tout le monde le sait, mais personne n'a envie de me toucher.
- Tu souffres beaucoup ? 
- J'ai connu pire. Avec Sergio, on donne des noms de boxeurs aux différents degrés de douleur, le pire c'est Mike Tyson. 
- Et le plus faible ? 
- Mickey Rourke.
Elle a rit quand j'ai dit cela. La gaieté de son rire m'a semblé faire fondre en partie la douleur métallique agrippée  mon dos. (p133)
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En conclusion : un livre magnifique sur la vie, la mort, l'amitié, la danse ....et bien plus encore
 
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Un film a été adapté de ce livre : un extrait qui dure à peine deux minutes mais qui donne envie de voir ce film (mais j'étais déjà conquise avant)

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L'avis de Catherine ici 

 

 

  
Ma cinquième participation au challenge d'Adalana logo-c3a9crivains-japonais_1.jpg

 

 

 

 

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20 mai 2013 1 20 /05 /mai /2013 05:11

ANIMAL-DU-COEUR.jpgCe livre est absolument magnifique. Je ne rappelle  pas ici la quatrième de  couv qui en dit trop à mon goût. L'action se passe sous le régime de  Ceausescu, en Roumanie. La narratrice , une jeune femme, étudiante, habite un foyer de jeunes filles avec cinq autres étudiantes. Elle nous parle de Lola, une jeune fille pauvre, étudiante elle aussi. Lola est retrouvée un jour pendue avec la ceinture de la narratrice (dont on ne connait pas le nom). Pour avoir lu sur Wikipédia, la biographie de Herta Müller, j'aurais tendance à dire que cette jeune fille c'est elle même et que ce récit est fortement autobiographique. Herta Müller nous raconte sa vie dans le foyer après la mort de Lola. La narratrice et trois amis de Lola sont régulièrement interrogés par la police. Avec une écriture fluide et percutante , toute en sous-entendus, Herta Müller , nous dévoile sa peur de la dictature, de la mort, le douteux et douloureux passé de son père, ancien soldat SS, de la peur de la vieilles à travers les yeux de sa grand mère qui perd la mémoire. 

La narratrice écrit à ses amis, avec plein de codes pour détourner l'attention de la police : Ils ont défini entre eux des mots clefs, des ponctuations pour dire la réalité dans des lettres qu'ils savent lues par la police, espérant échapper ainsi à la censure. De mémoire, car j'ai lu ce livre il y a deux mois, sans rédiger de billet tout de suite, "chaussures" signifie "interrogatoire", et la narratrice sursaute chaque fois que ce mot est employé dans son sens réel par des personnes de son entourage.
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Ce roman à la fois très poétique et très réaliste, décrit la vie sous une dictature, l'inquiétude des habitants, la lutte quotidienne pour la survie, l'impossibilité de l'amitié. 
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Pour finir deux extraits, le premier est un extrait de lettre de la narratrice à deux de ses amis, persécutés eux aussi par la police : 
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Cher Edgar,
Cher Georg, 
La virgule était censée se taire quand le capitaine ouvrirait les lettres, pour qu'il les recolle et les envoie. Mais elle était censée crier quand Edgar et Georg les décachetteraient.. 
Une virgule qui parle et qui crie, ça n'existe pas. La virgule en question était devenue bien trop grosse. P102 
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Petit à petit, la jeune femme met des mots sur ce qu'elle vit, l'oppression de chaque instant, le harcèlement dont elle est victime, tout cela parce que son amie s'est pendue.
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J'ai raconté à Tereza ce qu'est un interrogatoire. J'ai commencé sans raison, comme en parlant toute seule. Tereza s'agrippait à sa fine chaîne en or, de deux doigts. Elle ne bougeait pas pour ne pas troubler ces sombres précisions.
1 veste, 1 chemisier, 1 pantalon, 1 collant, 1 culotte,  1 paire de chaussure,  1 paire de boucle d'oreille,  1 montre bracelet. J'étais toute nue,ai-je dit.
 1 carnet d'adresse,  1 fleur de tilleul séchée,  1 trèfle séché,  1 stylo bille,  1 mouchoir, 1 mascara,  1 rouge à lèvre,  1 poudre,  1 peigne, 4 clefs, 2 timbres, 5 tickets de tramway.  
1 sac à main.
Tout était noté dans les rubriques d'une feuille. Moi le capitaine Piele ne m'a pas notée. Il va me mettre en prison. On ne pourra lire sur aucune liste qu'à mon arrivée j'avais  1 front, 2 yeux, 2 oreilles, 1 nez, 2 lèvres, 1 cou. Je le tiens d'Edgar, de Kurt et de Georg : au sous sol, il y a des geôles. 

 

Une participation au challenge à tous prix de Laure puisque Herta Müller a eu le prix Nobel de littérature en 2009

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Mon tour du monde pour la Roumanie (Herta MÜLLER habite maintenant en Allemagne)

tour monde 8 ANS


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23 avril 2013 2 23 /04 /avril /2013 05:11

leschosesperec-copie-1.jpgEcrit en 1962, ce livre retrace quelques années du parcours d’un jeune couple, Sylvie et Jérôme. Ce jeune couple vit à Paris, ils ont  arrêté leurs études pour travailler. On suit ce couple avec une certaine distance, voulue à mon avis par l’auteur.  On ne les entend pas parler ; Pérec raconte leurs faits et gestes et surtout leurs désirs d’accumuler : accumuler des choses, des disques, des livres, des vêtements. Ils rêvent leur vie, plus qu’ils ne la vivent. Toujours dans ce regret de ne pas avoir plus d’argent, dans un métier qui ne les passionne pas mais où il est facile de trouver du travail. Ils sont « psychosociologues» : en fait enquêteurs pour les premières agences de sondages qui commencent à fleurir dans ce début des années soixante. 

 

L’écriture, assez caractéristique de Perec, faite d’énumérations, d’inventaires, se lit ici facilement. Pour ma part, je suis restée assez spectatrice de ce couple qui s’agite, s’imagine que l’herbe est plus verte ailleurs, va voir ailleurs (en l’occurrence en Tunisie). A Paris ils rêvaient de grands espaces et d’exotisme, et une fois partis ils ne souhaitent plus que revenir à Paris. Eternels insatisfaits, ils voient peu à peu leurs amis construire leur vie, et renoncer à une certaine forme d’idéal : travailler peu,  avoir peu de contraintes, vouloir accumuler beaucoup.
De station en station, antiquaires, libraires, marchands de disques, cartes des restaurants, agences de voyages, chemisiers, tailleurs, fromagers, chausseurs, confiseurs, charcuteries de luxe, papetiers, leurs itinéraires composaient leur véritables univers : là reposaient leurs ambitions, leurs espoirs. Là était la vraie vie, la vie qu’ils voulaient mener : c’étaient pour ces saumons, pour ces tapis, pour ces cristaux, que, vingt-cinq ans plus tôt, une employée et une coiffeuse les avaient mis au monde. 
Lorsque, le lendemain, la vie, de nouveau, les broyait, lorsque se remettait en marche la grande machine publicitaire dont ils étaient les pions minuscules, il leur semblait qu’ils n’avaient pas tout à fait oublié les merveilles estompées, les secrets dévoilés de leur fervente quête nocturne. Ils s’asseyaient en face de ces gens qui croient aux marques, aux slogans, aux images qui leur sont proposés, et qui mangent de la graisse de bœuf équarri en trouvant délicieux le parfum végétal et l’odeur de noisette (mais eux-mêmes, sans trop savoir pourquoi, avec le sentiment curieux, presque inquiétant, que quelque chose leur échappait, ne trouvaient ils pas belles certaines affiches, formidables certains slogans, géniaux certains films-annonces ?). Ils s’asseyaient et ils mettaient en marche leurs magnétophones, ils disaient hm hm avec  le ton qu’il fallait, ils truquaient leur interviews, ils bâclaient leurs analyses, ils rêvaient, confusément, d’autre chose. (p85)
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En postface, une interview de Pérec resitue ce livre dans l’époque (fin de la guerre d’Algérie, gaullisme) et citent les écrivains qui l’ont influencé : Nizan, Barthes, Flaubert, Antelme. 
Sur les quelques avis que j’ai vus sur internet, il semble que ce livre soit toujours d’actualité (j’ai pensé à la chanson de Souchon "avoir pleins de choses dans les armoires" … ) sauf qu’un élément a , je trouve, complètement changé l’époque : le chômage.  Jérôme et Sylvie, une fois la vingtaine passée, rentrent dans le rang, acceptent un bon poste en province. Le Jérôme et la Sylvie d’aujourd’hui, s’ils ont de grands désirs d’accumuler le dernier Ipad, le dernier … ont du mal à trouver leur premier boulot et passent plusieurs années en stages  ou en CDD avant de décrocher un vrai boulot.

 

 

  

Livre qui fait partie  du Challenge Romans cultes de Métaphore

 tour-quebec-septembre-frissons-octobre-plein--L-J BS1L

 

et une participation au challenge à tous prix de Laure puisque ce livre a eu le prix Renaudot en 1965

logo-challenge-c3a0-tous-prix (1)

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21 avril 2013 7 21 /04 /avril /2013 18:18
Bianca propose un challenge collectif avec une liste de 100 livres qui ont été suggérés par des blogueurs (pas de limite dans le temps, pas de niveaux)
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Dans cette liste voici ceux que je n'ai pas lus (55) : 
1 A la croisée des mondes, Philip Pullman
2 Agnès Grey, Agnès Brontë
3 Anna Karenine, Léon Tolstoï
4 A Rebours, Joris-Karl Huysmans
5 Avec vue sur l’Arno, E.M Forster
6 Barry Lyndon, William Makepeace Thackeray
7 Blonde, Joyce Carol Oates
8 Cent ans de solitude, Gabriel Garcia Marquez
9 Chéri, Colette
10 De grandes espérances, Charles Dickens
11 Des fleurs pour Algernon, Daniel Keyes
12 Docteur Jekyll et Mister Hyde, Robert Louis Stevenson
13 Don Quichotte, Miguel Cervantès
14 Dracula, Bram Stocker
15 Du côté de chez Swann, Marcel Proust
16 Dune, Frank Herbert
17 Frankenstein, Mary Shelley
18 Gatsby le magnifique, Francis Scott Fitzgerald
19 Harry Potter à l’école des sorciers, J.K Rowling
20 L’attrape-cœur, J. D. Salinger
21 L’insoutenable légèreté de l’être, Milan Kundera
22 La dame aux camélias, Alexandre Dumas Fils
23 La dame en blanc, Wilkie Collins
24 La ligne verte, Stephen King
25 La nuit des temps, René Barjavel
26 La Princesse de Clèves, Mme de La Fayette
27 La Route, Cormac McCarthy
28 Le cœur cousu, Carole Martinez
29 Le dernier jour d’un condamné, Victor Hugo
30 Le fantôme de l’opéra, Gaston Leroux
31 Le meilleur des mondes, Aldous Huxley
32 Le prophète, Khalil Gibran
33 Le rapport de Brodeck, Philippe Claudel
34 Le rouge et le noir, Stendhal
35 Le temps de l’innocence, Edith Wharton
36 Le vieux qui lisait des romans d’amour, Luis Sepulveda
37 Les Chroniques de Narnia, CS Lewis
38 Les mémoires d’une jeune fille rangée, Simone de Beauvoir
39 Les mystères d’Udolfo, Ann Radcliff
40 Les racines du ciel, Romain Gary
41 Madame Bovary, Gustave Flaubert
42 Millenium, Larson Stieg (j'ai lu les deux premiers)
43 Miss Charity, Marie-Aude Murail
44 Mrs Dalloway, Virginia Woolf
45 Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur, Harper Lee
46 Nord et Sud, Elisabeth Gaskell
47 Pastorale américaine, Philip Roth
48 Pilgrim, Timothy Findley
49 Rebecca, Daphne Du Maurier
50 Robinson Crusoé, Daniel Defoe
51 Sa majesté des mouches, William Goldwin
52 Tess d’Uberville, Thomas Hardy
53 Tous les matins du monde, Pascal Quignard
54 Un roi sans divertissement, Jean Giono
55 Vent d’est, vent d’ouest, Pearl Buck
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Les lus avant le blog (43)
1 Orgueil et Préjugés, Jane Austen
2 Fondation, Isaac Asimov
3 Lettre d’une inconnue, Stefan Zweig
4 La condition humaine, André Malraux
5 Fahrenheit 451, Ray Bradbury
6 Alice au Pays des merveilles, Lewis Carroll
7 Angélique marquise des anges, Anne Golon
8 Charlie et la chocolaterie, Roald Dahl
9 La gloire de mon père, Marcel Pagnol
10 Au bonheur des dames, Émile Zola (mon livre préféré à 14 ans)
11 Le nom de la rose, Umberto Eco
12 Le lièvre de Vaatanen, Arto Paasilinna
13 Le maître et Marguerite, Mikhaïl Boulgakov (abandonné à la moitié  ;-( )
14 Le parfum, Patrick Süskind
15 Le portrait de Dorian Gray, Oscar Wilde
16 Le Petit Prince, Antoine de Saint-Exupery
17 Le père Goriot, Honoré de Balzac
18 Autant en emporte le vent, Margaret Mitchell
19 Belle du Seigneur, Albert Cohen
20 Bonjour tristesse, Françoise Sagan
21 Crime et Châtiment, Féodor Dostoïevski
22 Des souris et des hommes, John Steinbeck
23 Dix petits nègres, Agatha Christie
24 Une prière pour Owen, John Irving
25 Le Seigneur des anneaux, J.R Tolkien
26 Une Vie, Guy de Maupassant
27 Voyage au bout de la nuit, Louis-Ferdinand Céline
28 Kafka sur le rivage, Haruki Murakami
29 L’adieu aux armes, Ernest Hemingway
30 Le comte de Monte-Cristo, Alexandre Dumas
31 L’affaire Jane Eyre, Jasper Fforde
32 L’appel de la forêt, Jack London
33 Jane Eyre, Charlotte Brontë
34 Le chien des Baskerville, Arthur Conan Doyle
35 L’écume des jours, Boris Vian
36 L’étranger, Albert Camus  (à relire)
37 Les piliers de la Terre, Ken Follett (un de mes dix livres préférés)
38 Rouge Brésil, Jean Christophe Ruffin
39 Les quatre filles du Docteur March, Louisa May Alcott (mon livre préféré à 12 ans)
40 Les Hauts de Hurle-Vent, Emily Brontë
41 Les liaisons dangereuses, Choderlos de Laclos
42 Les Malaussène, Daniel Pennac (une série culte pour ma part)
43 Peter Pan, James Matthew Barrie
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Les lus depuis le blog (2)
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Bonnes lectures ;-)

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17 avril 2013 3 17 /04 /avril /2013 15:11

 

DAZAI.jpgPremière lecture de cet écrivain très célèbre au Japon. Je dois dire avoir eu un peu de mal avec cette lecture. Ce recueil de 18 nouvelles retrace une grande partie de la vie de l'auteur : Il parle de ses vingt ans, de son premier suicide d'amour (raté), de sa poursuite (laborieuse) dans ses études, de ses premiers pas en tant qu'écrivain, de sa famille et de sa vie pendant la seconde guerre mondiale. L'auteur est très centré sur lui même, il se cherche, boit énormément. D'une famille aisée, il reçoit une maigre pension d'un des ses frères : il est donc à la fois riche par rapport à de nombreux de ses contemporains car il n'a pas réellement besoin de travailler et pauvre par rapport à ce dont il a eu l'habitude dans sa jeunesse. Dans l'édition que j'ai emprunté à la bibliothèque , un court passage présente chaque nouvelle dans le contexte de l'époque et cela m'a bien aidé à comprendre la vie de cet écrivain.   
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J'ai aimé certaines de ses réflexions sur sa façon d'écrire et de rechercher l'inspiration (Par exemple dans cet extrait de la nouvelle "I can speak") : "Comme elles sont pénibles, ces nuits d'efforts obstinés et ces aubes de désespérance! Qu'est-ce donc que vivre en ce monde : se contraindre à la résignation ? Supporter la misère ? Ainsi, au fil des jours disparaît la jeunesse, rongée petit à petit. Il faut pourtant trouver le bonheur en ce monde....
Ma voix était devenue muette ; et dans le désoeuvrement de ma vie tokyoïte, je me mis à écrire, fragment par fragment, des textes qui, à défaut d'être des chants, méritaient bien d'être appelés "morceaux de vie" : ainsi ma propre création m'aida-t-elle à prendre conscience de la voie qui serait désormais la mienne en littérature. Petit à petit, un sentiment qui ressemblait à de la confiance s'empara de moi".P91
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J'ai également aimé certaines descriptions très poétiques comme celle- ci dans la nouvelle "Belle enfant" :  (Cette nouvelle se passe dans un sanatorium où Dazai accompagne sa femme, soignée pour une maladie de peau). 
"A l'angle opposé du bassin se trouvaient trois personnes, accroupies et formant un groupe serré : un vieillard d'à peu près soixante-dix ans, au corps tout noir et raide, et au visage étrange, parcheminé et rétréci ; une vieille du même âge, petite et maigre, et dont la poitrine laissait deviner les côtes, saillantes comme les lattes d'un volet. Avec sa peau jaunie et ses seins qui évoquaient des sacs de thé flétris, elle faisait pitié.  Ce couple n'avait pas même figure humaine : on aurait dit des blaireaux réfugiés dans un trou et regardant tout alentour. Mais entre eux, il y avait , tranquillement installée, une jeune fille qu'ils semblaient protéger - leur petite fille, peut être...Et elle était d'une merveilleuse beauté : une perle attachée à ces coquillages hideux- ou plutôt, protégée par ces coquillages noirâtres. Comme je ne suis pas homme à épier les choses et les gens du coin de l'oeil, je l'observais bien en face. Elle devait avoir seize ou dix-sept ans, dix-huit, peut-être....Son corps, un peu pâle, ne donnait cependant aucune impression de faiblesse : grand et ferme, il me faisait penser à une pêche verte.  Shiga Naoya dit quelque part que le moment où la femme est la plus belle est celui où elle devient nubile - expression qui m'avait surpris par sa hardiesse. Or, maintenant qu'il m'était donné de contempler le corps nu de cette beauté, je me disais que dans les mots de Shiga, il n'y avait pas la moindre lubricité : comme pur objet d'observation, ce corps me parut d'une splendeur qui touchait au sublime." p98
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"Le chien" est la seule  nouvelle  qui m'ait fait rire : par son sens de l'autodérision, l'auteur, tout en déclarant détester les chiens se comporte comme s'il les aimait. Il se voit poursuivi par un chien qui peu à peu prend une place très importante dans sa vie, sous le regard un peu narquois de sa femme.
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J'ai également aimé la nouvelle Pa-pa où l'auteur raconte sa vie pendant la seconde guerre mondiale, il perd deux fois son logis dans des bombardements, se retrouve hébergé dans de la famille, sa fille étant gravement malade aux yeux. Dazai Osamu écrit de très belles pages sur le sentiment de responsabilité d'être parent  (ce qui ne l'empêche pas de "gaspiller" ses économies en achetant  10 bouteilles de wisky) 
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En conclusion  : Malgré quelques très bons passages, j'ai ressenti une (petite) déception donc avec ce recueil (peut être en attendai-je trop? ). L'auteur est trop tourmenté ou trop narcissique (c'est d'ailleurs le titre d'une nouvelle : Narcissisme et cigarettes) pour moi peut être..... 
 

 

 

 

 

  
Ma quatrième participation au challenge d'Adalana logo-c3a9crivains-japonais_1.jpg

 

et ma participation au Challenge de Philippe lire sous la contrainte (ou la contrainte était de lire un titre avec un nombre ou un chiffre)

 

        challenge contrainte

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17 avril 2013 3 17 /04 /avril /2013 08:23

 

L'idée nous est venue avec Noctembule

Une petite lecture commune de ce recueil de nouvelles vous tenterait-il ? 

Si oui laissez un petit commentaire (ou un grand) ici ou chez Noctembule

fourmis.jpg

Billet prévu pour le 30 juin

Quatrième de couv :

" On est arrivés ce matin et on n'a pas été bien reçus, car il n'y avait personne sur la plage que des tas de types morts ou des tas de morceaux de types... " 
Cette première phrase des Fourmis donne le ton de ce livre. Si l'on y rencontre à chaque page l'humour en coup de poing, la fantaisie verbale, l'imagination drolatique, le goût du canular qui ont fait la célébrité de Boris Vian, on dirait qu'ils visent surtout à conjurer les menaces d'un monde hostile. Personne n'aimerait monter dans le train du " Voyage à Khonostrov ", surtout s'il n'a pas envie de faire la conversation. Personne n'aimerait résider trop près de l'école des " fliques ", où l'on voit comment la bêtise ordinaire conduit tout droit à un totalitarisme barbare.
Ces onze nouvelles de jeunesse ont été rassemblées et publiées par Boris Vian lui-même, en 1949. Elles disent déjà les obsessions et les révoltes qu'exprimeront les chefs-d'œuvre de l'écrivain, L'Ecume des jours ou J'irai cracher sur vos tombes.

 

Vous pouvez aussi aller voir le challenge Vian chez Oeil qui fume

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15 avril 2013 1 15 /04 /avril /2013 00:14
REVE.jpgJ'ai noté ce livre suite à l'article d'Eeguab ici 
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Ce recueil de nouvelles regroupe 25 textes, et comme le K, certaines nouvelles sont "fantastiques", d'autres ancrées dans le réel. J'ai mis au fur et à mesure de la lecture des post-it sur les nouvelles qui m'ont enthousiasmée : et cela nous fait 5 post-it : une bonne pioche donc, et voici les 5 vainqueurs (selon mon échelle). Je tiens à préciser que toutes les nouvelles m'ont intéressée mais il faut parfois faire un choix, surtout sur un billet de blog.  
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Le rêve de l'escalier est la première nouvelle qui donne son titre aussi au recueil. C'est un être étrange qui est le narrateur ! je lui laisse la parole : "Je crois que je suis très habile à la production des rêves, en particulier de ceux qui engendent la peur. 
En fait je suis très demandé. Bien que je ne fasse aucune publicité, les esprits de la nuit me préfèrent à tant de mes collègues qui mettent des insertions coûteuses dans les journaux. 
Je dispose d'un répertoire de cauchemars très riches en imagination. Mais il y en a un qui est de très loin plus apprécié que les autres; un des moins originaux, je dois l'avouer, et la chose me mortifie un peu : c'est le rêve de l'escalier." Vous l'aurez compris, cet esprit va envoyer ce rêve à un pauvre bougre, Mr Minervini, orfèvre craignant les voleurs, celui ci va trembler, pour le plus grand plaisir du lecteur. 
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La deuxième nouvelle raconte de onze façons différentes une anecdote où on apprend petit à petit toute la vie d'une demoiselle, Annie Motleri. La première façon est purement factuelle (7 petites lignes), une demoiselle va ouvrir la porte à un vieil ami notaire. Le titre de la nouvelle "Crescendo" est extrèmement bien trouvé car dans la dizaine de paragraphes qui suivent, on va en apprendre plus sur cet ami, sur Annie mais aussi les peurs de cette femme, sa solitude.   Un luxe de détails qui fait hésiter le lecteur : quelle est la part de réalité et de fantasme dans ces descriptions de ce qui se passe après qu'Annie ait ouvert la porte à cet ami?  Existe il d'ailleurs ?
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La troisième nouvelle "Le papillon" est également "fantastique". Une nuit, à son bureau Mr Smith travaille. Il voit sur le sol un papillon mort puis décide de rentrer chez lui. Pour échapper à un attentat à son encontre perpétrés par deux mystérieux "chevaliers errants" (attentat imaginaire? ) , le sous secrétaire à l'Ordre public, Mr Aldo Smith, se transforme en chauve-souris puis en ......  pour connaître son sort, je vous recommande fortement la lecture de cette nouvelle sur l'ironie du sort. 
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La nouvelle "Vieille auto" laisse la parole à une mustang-Morrisson en bout de course. Son propriétaire veut l'envoyer à la casse.  "Anglaise de naissance, la Mustang- Morrisson est un être de peu de paroles. D'habitude, elle est très timide et réservée. Mais aujourd'hui elle me demande : "Comment se fait-il que tu n'aies pas voulu me dépoussiérer?" . Par petites touches, la voiture arrivera à convaincre son propriétaire de changer d'avis. Une nouvelle tendre sur le droit de vieillir .....
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La nouvelle "Récit à deux voix" est le dialogue entre deux amis. L'un commence une histoire, s'arrête et l'autre poursuit. Au début les deux histoires ne semblent pas pouvoir se rejoindre, les personnages en ce même lieu sont improbables, la discussion surréaliste..Un couple qui se rend au Pérou, un clergyman, un sismologue et deux jeunes sportifs.... . et puis la magie de Buzzati fait que tout s'enclenche à merveille, l'histoire devient réelle et se déroule sous nos yeux.... jusqu'à la catastrophe finale ........bon sang mais c'est bien sûr....  
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"Lettre d'amour" est la lettre qu'un homme envoie à sa fiancée. Ils ont vécu loin l'un de l'autre pendant de nombreuses années et il semble enfin possible qu'ils vivent ensemble. Tour à tour, il lui dit de venir le rejoindre , tout en disant que leur amour est impossible, qu'il est impossible à vivre,  qu'elle va finir par le détester....que tout est joué d'avance, qu'ils sont trop différents pour que cela dure, lui ignare et elle cultivée, lui amateur de vins et elle, un peu rigide, élevée par les bonnes soeurs.... Enfin, je me suis demandée s'il n'écrivait pas tout cela pour qu'elle le quitte et parte en courant jusqu'à la dernière phrase : "Allons, mon amour, prends l'avion, prends la fusée interplanétaire, le tapis volant. Viens vite, je n'en peux plus. Viens ma chérie, nous serons malheureux ensemble, je te le jure."
        
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En conclusion : un livre et un auteur que je recommande fortement 
UN MOT DES TITRES
Ma participation au challenge de Calypso un mot des titres : Le mot était "rêve"
 
 
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