J’ôtai la serviette et me frottai les yeux. Henry avait laissé une bouteille d’eau entamée sur l’autre chaise. Je la pris, la débouchai et avalai ce qui restait. Dessous, un mince dossier sur lequel s’était dessiné un rond à l’endroit où était posée la bouteille. Je le ramassai et regardai la galerie principale magnifiquement éclairée de la Pennsylvania Academy of the Fine Arts. C’était la brochure de l’exposition de photos mennonites.
La photographie à l’intérieur de la couverture représentait un cheval dont le licou était attaché à un vieux pick-up Studebaker. L’animal regardait droit vers l’appareil, et la bouteille d’eau que Henry avait laissée sur la brochure avait dessiné un rond parfait autour de son œil. Je ris en me rappelant la vision d’Henry, et je lis le texte. C’était un des poèmes que Dena Many Camps avait eu la générosité d’offrir au projet ; il était plein d’élégance et de force.
…..Parcourt les joncs silencieux de Mni Shoshe, puis avance vers le nord, vers le plateau. Il avance vers les chevaux tandis qu’ils relèvent la tête et laissent couler leurs larmes, de grosses gouttes de la taille de pommes mûres.
Puis ils dansent, tandis que mère et père s’agitent dans leur sommeil, rêvant au doux sons des sabots des chevaux
Sur une idée de Chiffonnette