Raconter des histoires (de poneys et de chevaux mais pas seulement) Participer à des défis littéraires
Sur une idée de Chiffonnette
Les habitants : Pas d’hommes ni de femmes ; aucun enfant. Les rues n’étaient parcourues que de mots. Des mots innombrables, radieux sous le soleil. Ils se promenaient comme chez eux, ils étiraient dans l’air tranquillement leurs syllabes, ils avançaient, les uns sévères, clairement conscients de leur importance, amoureux de l’ordre, de la ligne droite (le mot « constitution », les mots « analyse d’urine » bras dessus, bras dessous, le mot « carburateur »). Rien n’était plus réjouissant de les voir s’arrêter aux feux rouges alors qu’aucune automobile ne les menaçait. Les autres mots, beaucoup plus fantaisistes, incontrôlables, voletaient, caracolaient, cabriolaient comme de minuscules chevaux fous, comme des papillons ivres : « plaisir », « soutien-gorge », « huile d’olive »… Je suivais, fascinée, leur manège. Je n’avais jamais prêté assez d’attention aux mots. Pas une seconde, je n’aurais imaginé qu’ils avaient chacun, comme nous, leur caractère.
Erik Orsenna - La grammaire est une chanson douce