Raconter des histoires (de poneys et de chevaux mais pas seulement) Participer à des défis littéraires
Sur une idée de Leiloona et une photo de kot
J’avais rendez vous avec Béatrice à 19H00 après le boulot. J’y étais allé en traînant les pieds, j’avais tout fait pour éviter ce rendez vous, ce piège.
Mais la très jolie frimousse m’avait enjôlé, cajolé, menacé jusqu’à ce que je capitule, et je me retrouvais sur le trottoir bêtement à l’attendre.
Un quart d heure après l’heure dite, elle arriva, sautillant telle une petite mésange. J’observais ses jambes légères et souples sur une petite jupe noire recouverte d’une tunique noire également. « Cette tenue cache merveilleusement bien ton embonpoint naissant » l’aie je taquiné.
Elle m’a donné un grand coup avec son sac de shopping justifiant son quart d’heure de retard !
Ah, ses jambes, sur lesquelles j’avais craqué, il y a maintenant deux ans : des petits escarpins de danseuse, des chaussures de marche, des bottines, des talons : tout la mettait en valeur. Face à de telles guibolles, le commun des mortels n’avait aucune chance de résister.
Un sourire, un bisou rapide et nous étions rentrés, elle ravie que je ne lui aie pas posé de lapin et moi un peu réticent, mais bon quand faut y aller…
La secrétaire était professionnelle mais souriante, elle nous fit rentrer sans passer par la salle d’attente, l’ homme en blanc, professionnel lui aussi, nous fit nous installer, pas bavard, « bonjour ça va bien depuis la dernière fois, installez vous Mme Duchemin ? »
Comment en étais je arrivé là, à 45 ans passés ? Ma mère se le demandait encore mais elle aussi était plus gaie ces temps ci et m’appelait toutes les semaines.
Il faut dire que je lui avais causé des soucis à ma chère maman : son fils unique, 45 ans, journaliste dans un magazine qui traitait des meilleures sorties Hard Rock, des meilleurs groupes … bref sans jeu de mot du Heavy !! Mais bon pour les beaux yeux (et belles jambes) de Béatrice, j’avais remisé ACDC Gun’s and Roses, Metallica, j’écoutais de plus en plus Higelin et Bashung.
Et c’est là que ma vie a basculé.
Là devant l’écran, j’ai eu un choc, les images de cette sarabande, je m’y attendais, j’en avais vu plein à la télé, mais ce qui m’a mis par terre cela a été le « boum, boum », une musique forte et régulière.
Les ombres en noir et blanc se sont mises à danser sur l’écran : Cabrioles, Boum- boum, coup de pied, Boum- boum, pouce dans la bouche Boum- boum, une pirouette, Boum Boum. La sirène, qui nageait sur l’écran, faisait un bruit pas possible. Un boucan d’enfer !
Les ultra sons rythmaient sa chorégraphie en 3D, l’amplificateur mêlait des boum, boum des bruits de tuyauteries, la respiration de Béatrice.
Blouse Blanche, imperturbable, marmonnait comme pour lui seul : « un, deux, trois, quatre, cinq, cinq doigts à la main gauche : pousse toi un peu, mon trésor, que je regarde la droite. »
Béatrice me regardait, regardait l’écran, regardait le médecin.
« Le futur petit rat de l’opéra bat des jambes en mesure, mais du coup pas moyen de voir s’il s’agit d’une souris ou d’un souriceau : il va falloir attendre la prochaine échographie » nous a averti Blouse Blanche au bout d’un moment d’attention soutenue.
« C’est pas grave » a souri Béatrice : « on l’appelle Einstein, c’est mixte ».
Cette danse fut une révélation, c’est là que je me suis senti devenir père pour la première fois, le jour où j’ai vu Mon Einstein pour la première fois à la télé.
Finalement entre échographie et chorégraphie, il n’y a pas beaucoup d’écart.
Les autres participants sont ici
La consigne des Impromptus littéraires de la semaine
Et si nous dansions maintenant? Mais attention, pas n'importe quelle danse! Vous devrez nous transmettre toute la magie d'une danse qui a fait basculer une vie, la vôtre, celle de votre grand-mère, celle d'un personnage inventé. Jitterbug endiablé, slow langoureux, valse nostalgique, tango passionné, peu importe; nous voulons saisir pourquoi, après cet instant précis, plus rien n'a été pareil.