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25 février 2013 1 25 /02 /février /2013 06:23

purge

Attention, livre choc, éprouvant. En même temps, pour un livre qui a pour sujet les purges staliniennes en Estonie, c'est prévisible. 
En Estonie, en 1992, Aliide est une vieille femme seule. L'effondrement de l'Union Soviétique est en cours. Dans son jardin, Aliide trouve une jeune femme  à bout de souffle, épuisée, battue, c'est Zara. Celle ci est russe, mais habillée à l'occidentale et parle un estonien aux intonations vieillies. Aliide la recueille, la soigne. On apprend petit à petit que Zara la jeune fille est recherchée par un proxénète Pacha.... et qu'elle n'a pas rejoint la ferme d'Aliide par hasard.
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Sofi Oksanen raconte de façon entremêlée le destin de Allide, de sa soeur Ingel, du mari de sa soeur Hans de 1936 à 1950. En parallèle, on suit les réflexions d'Aliide en 1992 et de Zara,la jeune russe,  en 1991. Les chapitres se succèdent sans respecter d'ordre chronologique (mais sans que cela reste gênant pour la compréhension, la lecture reste très fluide). Aliide raconte son enfance, le mariage de sa soeur ; Zara , sa vie à Vladivostok. Un journal intime raconte les pensées de Hans, résistant contre le régime soviétique, qui est obligé de se cacher dans un cagibi de la maison d'Aliide.
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J'ai été prise par cette lecture, les personnages principaux sont émouvants, terriblement pathétiques avec leur peurs, leurs espoirs et leurs passions.
Un roman où le sens olfactif a aussi une très large place : les plantes médicinales, l'odeur d'oignons et de sueur véhiculées par le mari d'Aliide, l'odeur de la peur....

Sans raconter l'histoire et le secret de cette famille, je ne peux m'empêcher de penser : quel monstre cette Aliide : en même temps comment la juger après toutes les souffrances qu'elle a endurées ? Sofi Oksanen ne juge pas et écrit sobrement  « Dans la terre du désespoir poussent de mauvaises fleurs »
Le  geste final et salvateur d'Aliide envers Zara rattrape t il un peu tous ses méfaits?

Deux extraits : 
Les mains d’Aliide furent attachées dans son dos et un sac mis sur sa tête. Les gars se retirèrent. A travers le jute, elle ne voyait rien, quelque part, de l’eau gouttait par terre. L’odeur de la cave passait à travers. La porte s’ouvrit. Des bottes. Le chemisier d’Aliide fut déchiré, les boutons projetés sur les dalles, sur les murs, les boutons de verres allemands, et puis… elle se transforma en souris dans un coin de la pièce, en mouche dans la lampe, elle s’envola, en clou dans le carton mural, en punaise rouille, elle était une punaise rouille dans le mur. Elle était une mouche et allait avec une poitrine de femme dénudée, la femme était au milieu de la pièce avec un sac sur la tête, et elle surmontait la récente contusion, le sang s’était accumulé sous la peau de sa poitrine, les bleus étaient traversés par une fissure qui laissait passer une mouche, les hématomes des mamelons gonflés comme des continents. Quand la peau nue de la femme toucha les dalles, la femme ne bougeait plus. La femme la tête dans le sac au milieu de la pièce était une étrangère et Aliide était partie, son cœur se tortillait dans les fentes, trous, rainures, se confondait en une racine qui s’enfonçait dans la terre sous la pièce. Si on en faisait du savon ? La femme au milieu de la pièce ne bougeait pas, n’entendait pas, Aliide était devenue un crachat sur le pied de la table, à côté d’un trou de termite, à l’intérieur d’un trou rond dans le bois, le bois d’aulne, d’aulne issu de la terre d’Estonie, qui sentait encore la forêt, qui sentait encore l’eau et les racines et les taupes. Elle plongea au loin, elle était une taupe, qui poussait un tas de terre dans la cour, la cour sentait la pluie et le vent, la terre humide respirait et remuait. La tête de la femme qui se trouvait au milieu de la pièce avait été plongée dans seau à ordures. Aliide était dehors dans la terre humide, de la terre dans les narines, de la terre dans les cheveux, de la terre dans les oreilles et les chiens lui couraient par-dessus, leurs pattes pressaient la terre, qui respirait et gémissait, et la pluie battait et creusait ses propres voies et quelque part des bottes de cuir chrome, quelque part un manteau de cuir, quelque part l’odeur froide de l’eau-de-vie, quelque part le russe et l’estonien se mêlaient et les langues pourries sifflaient. La femme au milieu de la pièce ne bougeait pas.
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Un face à face entre Aliide et Zara
Mais la terreur de la fille était tellement vive qu'Aliide la ressentit soudain en elle-même. Bon sang,comment son corps se souvenait-il de cette sensation, et s'en souvenait si bien qu'il était prêt à la partager dès qu'il l'apercevait dans les yeux d'une inconnue? (...) Pour Aliide, la peur était censée appartenir à un temps révolu.
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Une lecture commune avec  Douceur littéraire , Laure et Christie, Lilou (lien à venir)
L'article de Denis qui l'a lu également.
lc
logo-challenge-c3a0-tous-prix (1)
et ma première participation au challenge à tout prix de Laure pour ce livre qui a obtenu le prix FNAC 2010 et le Prix Femina étranger 2010
Et une deuxième participation au tour du monde des auteurs d'Helran  pour la Finlande
tour monde 8 ANS

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Published by Valentyne - dans Challenge
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commentaires

Mind The Gap 26/02/2013 11:27

Je ne risque pas de lire ce livre mais la citation sur le désespoir et les mauvaises fleurs est très explicite et belle.

Valentyne 27/02/2013 20:54



C'est un livre très bien écrit mais vu le sujet il ne peut pas tenter tout le monde ;-)


Bonne soirée MTG



laure 25/02/2013 18:09

quand je parle d'avis différents ce n'est pas dans le sens aimer/ne pas aimer, mais d'avis écrits différemment, en ne relevant pas forcément les mêmes choses, mais je crois que tu auras bien
compris :D

Valentyne 25/02/2013 21:28



oui j'avais compris ;-)


je saurais d'ailleurs incapable de dire si je le recommande à un proche : il m'a intéressée, même passionnée,  mais de là à dire à quelqu'un : vas y , fonce lire ce livre, je ne sais pas
.....



DENIS 25/02/2013 17:30

oui, un livre rude mais d'une qualité littéraire que j'ai trouvée excellente

Valentyne 25/02/2013 21:26



C'est vrai qu'il est dur,  dense mais aussi très bien construit ;-)



laure 25/02/2013 08:56

J'aime beaucoup ton article et ce que je trouve vraiment génial c'est qu'avec des avis différents on a des billets complémentaires ;)
Je n'ai pas parler des odeurs et c'est vrai que c'est très marquant et je te rejoins complètement quant à ton sentiment envers Aliide, et les questionnements :)
Bonne journée Valentyne et ravie encore d'avoir fait cette lecture commune avec toi ;)

Valentyne 25/02/2013 21:24



Merci Laure ;-) oui c'est très complémentaire (et on n'a pas choisi les mêmes extraits)



Jean-Charles 25/02/2013 08:51

J'ai eu ce livre entre les mains mais je l'ai reposé, va savoir pourquoi ! Un jour peut-être.

Valentyne 25/02/2013 21:23



Je l'ai vu plusieurs fois à la bibli sans oser le prendre : la lecture commune m'a motivée ;-)



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